"You must be the change you want to see in the world." (Mahatma Gandhi)

Nouvelles revues, nouveau format

Si dans la presse et autres médias, on parle beaucoup de la sortie de XXI, les éditions autrement lancent également à leur manière un nouveau magazine/revue dans le même format, même tarif, même régularité : un gros cahier A4 avec bcp de pages, 15 €, tous les trois mois.

XXI - Vingt et un

C’est un peu le phénomène éditorial du moment. L’objet est la somme de paris audacieux : format A4, trimestriel, épaisseur, graphisme, modèle économique, thématiques.

J’aime spécialement la prise à contre-pied de l’actualisme étriqué des médias contemporains. Les dossiers flashbacks font le retour d’évènements ayant eu lieu en 2002 (L’affaire Plame) et 1998 (L’affaire Erignac qui ne fait évoqué son extension Yvan Colonna) mais surtout la présence forte de documents sur Anna Politkovskaïa. Cette prise de pouvoir par le refus de voir le présent comme l’étroitesse de l’immédiat est très fort. Sans rentrer dans une logique de retour nostalgique ou de réchauffage des sentiments, la valeur de ce dossier est capital pour la mémoire et l’histoire contemporaine du rapport entre le pouvoir en Russie et sa contestation. On y gagne en lisibilité et l’information n’est plus qu’un contenu evanescent sur un monde extérieur presque à la frontière d’un imaginaire collectif construit par le bruit quotidien mais devient l’illustration d’une réalité brutale à nos portes qui n’attend personne pour échapper au temps et construire l’Histoire.

Petite parentèse : je ne sais pas si c’est mon exemplaire uniquement qui souffre d’un problème mais j’ai l’impression que la couverture est monté à l’envers par rapport au reste.

Désirer le montre autrement

Plus discret le lancement de Désirer le monde autrement n’en est pas moins important dans le vie éditoriale des éditions Autrement. Peut être moins aventureux ou bagarreur que XXI, le premier numéro de ce “mook”, mélange entre “magazine” et “book”, prend le soin de donner une autre vision du monde. Les articles sont pratiquement tous des portraits de personnes peu connues mais qui offrent un regard fort et souvent poétique sur le monde. L’article consacré à Ferran Adrià est par exemple à lire pour comprendre à quel point la cuisine peut se rapprocher d’une posture de designer.

Le format

Trois choses m’ont marqué dans ces deux numéros :

  • L’absence de publicité.
  • L’accent sur l’iconographie : photographies et illustrations de qualité.
  • Le confort des articles : longueur, profondeur, temps de réflexion.

Il serait assez injuste de traiter cette double nouveauté sur le thème de l’effet de mode. Il faudrait au contraire espérer que ces deux initiatives perdurent tant le paysage de la presse écrite souffre d’avoir à concurrencer la médiation via internet. Contre la course à l’actualité, à l’article de plus en plus court, il est très bon de pouvoir retrouver des articles de fond qui prennent le temps d’expliciter, de déployer les mots, les récits et les argumentations nécessaires. Sans (encore) tomber dans les travers des revues d’art ou les revues “universitaires”, il y a vraiment là de quoi renouveller le paysage de la lecture d’actualité.

Les attendues de 2008

Alors que le dernier album de Cat Power, Jukebox, est sorti aujourd’hui. Début 2008 annonce plein de bonnes choses musicales :

  • Portishead, pasencoredetire, avril. J’ai envie de dire “!!!!”.
  • Goldfrapp : Seventh Tree, le 18 février. Avec un teaser qui sonne le retour aux sources.
  • Camille : Music Hole, avril

Bon paraît aussi que Tricky va sortir un nouvel album en avril. Ca va être trip-hop. Qui veut faire un pélerinage à Bristol ?

Préselection Webdesign International Festival

Après de la cogitation, des doutes, des abandons, un peu d’effort et beaucoup de honte à rendre une création à quelques milliers de bornes de ce qui était voulu/prévu, on en a fini avec les préselections du webdesign internation festival 2008 avec une heure d’avance ! L’année prochaine, je m’y prendrais plus à l’avance pour la préparation du matos et de la logistique d’équipe.

On verra pour mettre le lien, si on se prend pas un trop gros vent. En attendant, rangement des feutres, du bordel et reprise d’un rythme plus “normal”, mine de rien l’approche du concours était assez bloquant depuis une petite semaine.

Langue-Patrie, mon ennemie

À force de fréquenter ces petits cercles où l’on se répète que le rapport à la langue est un rapport façe au social, j’ai parfois l’impression que l’on s’est crée une espèce de vision, d’objet un peu illusoire à la base d’hypothèse et de positionnements un peu farfelu. Le miracle d’Internet, c’est quand même la production d’un corpus langagier ordinaire sans l’intervention d’analystes.

Du coup, on peut tomber sur de petites perles comme celle-ci : PETITION CONTRE LA TRADUCTION DE FACEBOOK EN FRANCAIS

(facebook).

Tout y est :

  • Des préjugés
  • De la catégorisation sociale en fonction d’un niveau de langue fantasmé
  • Un processus d’exclusion de cette catégorie sociale
  • Des procédés rhétoriques douteux (”hey faut pas le prendre au premier degré, j’aurai pu citer d’autres indésirables, ceux qui viennent de Marseille par exemple”)

il faut quand même admettre que les français sont quand même spéciaux dans leur utilisation des normes linguistiques. Ce groupe émanant de français francophones n’est pas plus étonnant que cela, la petite bizarrerie est la figure : Ne traduisons pas facebook en anglais comme ça nous resterons entre personnes “ayant un minimum d’intelect et/ou de culture” (sic) mais continuons à parler en (mauvais) français. L’implicite étant que les locuteurs francophones sont naturellement moins intelligents que les anglophones ?

Pendant ce temps-là, chez facebook : Si vous voulez facebook dans votre langue, traduisez-le vous-même

Fourmis et complexité des systèmes interactionnels

C’est souvent la croix et la bannière pour expliquer correctement ce qu’on entend par système complexe et émergence. L’étude des comportements et de la structuration sociétale des colonies de fourmi est un des exemples-phares de la multiplicité des échelles étudiées dans les programmes systèmes complexes.

Cette vidéo a le mérite de montrer assez clairement entre le passage entre les échelles rôles/interaction/vie de la colonie plutôt que la stigmergie, l’utilisation des traces laissées dans l’environnement, qui y fait une petite apparition et est l’autre facette importante de l’étude des fourmis.

Faut-il distinguer de bonnes et de mauvaises images non plus à partir de leur contenu, puisque l’image du mal peut guérir, mais de la symbolisation qu’elles induisent ? Poser la question ainsi de comprendre pourquoi l’image de la vertu ne rend pas vertueux tout commme celle du crime ne rend pas criminel. Tout producteur d’images qui souhaite obtenir une réponse incontrôlable à une stimulation du désir utilise des images qui maintiennent le spectateur dans une inaptitude symbolique. Telle est la violence du visible aussi longtemps qu’il participe de dispositifs identificatoires et fusionnels. Voilà pourquoi mieux vaux distinguer au coeur du visuel les images des visibilités en fonction des stratégies qui assignent ou non le spectateur une place dont il peut bouger. Hors de tout mouvement, l’image se donne alors à consommer sur un mode communiel. La propagande et la publicité qui s’offrent à la consommation sans écart sont des machines à produire de la violence même lorsqu’elles vendent du bonheur ou de la vertu. La violence du visible n’a d’autre fondement que l’abolition intentionnelle ou non de la pensée et du jugement. Voilà pourquoi, face à l’émotion provoquée par les images, c’est-à-dire face au mouvement qu’elles provoquent, il est impératif d’analyser le régime passionnel qu’elles instaurent et la place qu’elles font à ceux à qui elles s’adressent. La critique de l’image est fondée sur une gestion politique des passions par la communauté. Elle ne devrait jamais être un tribunal d’épuration morale des contenus, qui mettrait fin à tout exercice de la liberté du regard. L’image peut-elle tuer ? (2002) Marie José Mondzain

Daft Bodies

Avec Daft Hands, on se disait qu’il y avait des personnes qui avaient trop de temps de libre.
Mais avec Daft Bodies, il y a maintenant des gens qui ont encore plus trop de temps et dans des pays où il est possible de faire des chorégraphies en maillot de bain au mois de novembre.

Sélection Top 6(x5) Livres 2007

Une année spécialement fournie en lecture, d’autant plus qu’une bonne moitié était consacré à la constitution de ma bibliographie de recherche. Pourtant je n’ai pas démordu de mon ratio 1 roman pour 1 livre scientifique. Cette année je rajoute aussi les livres d’informatique et de design. Histoire de ne pas laisser tout ça dans un carnet de lecture, voilà une sélection : 1 selectionné pour 6 nominés.

Globalement deux critères ont joué un rôle dans la sélection : la représentativité par rapport à ma recherche (et donc quelque part les influences importantes) ainsi que les ouvrages qui peuvent également faire figure d’introduction ou de découverte d’une discipline.

Les résultats après la coupure.

N.B : On va dire que les livres se faisant suite ne comptent que comme un.

Philosophie et linguistique

La crise de la culture (H. Arendt)

Cité Hannah Arendt comme source d’inspiration philosophique ne devrait pas être une source d’ennui pourtant le milieu universitaire français à développer un étrange refus d’incorporer cette auteure à son corpus canonique. Dans le même style, vous pouvez aussi essayer de parler de Walter Benjamin mais il faut se préparer à esquiver les différentes attaques sur la sériosité de ces auteurs.

La crise de la culture est pourtant un ouvrage majeur dans la compréhension historique et philosophique de la théorie politique. Il me semble pas y avoir de travaux proposant une explication aussi claire et simple des thèmes fondateurs de la vie politique. Ici, il est plus question d’une division qui règne dans nos vies quotidiennes et qui collent de près à nos manières de pensées qu’ils peuvent parfois paraître évident. Le regard d’Hannah Arendt est intéressant car il fait recadre des notions comme celle d’autorité dans leur contexte historique. Avant de s’attaquer la dimension psychologique (et ainsi précédé la lecture de Etudes sur la personnalité autoritaire (T. Adorno), il m’a semblé salvateur de voir comment le positionnement par rapport au schéma banal de l’ordre s’ancrait dans un univers de pratiques en mobilisation permanente.

Les autres nominés

  • Acts of meaning (J. Bruner)
  • The will to believe (W. James)
  • Pragmatics (S. Levinson)
  • Le sens littéral. Langage, contexte, contenu (F. Recanati)
  • Essais esthétiques (D. Hume) : sans doute pas le plus transcendant, ni le plus créatif ou le plus “puissant” mais bizarrement celui qui fait sans doute le plus voir le rapport entre une philosophie et une manière de lire les choses de la vie.

Linguistique, sociologie et anthropologie

Surveiller et punir (M. Foucault)

Les vainqueurs des parties universitaires sont un peu les has-been du milieu. Il paraissait donc que Foucault était démodé et dépassé. Mea culpa, j’ai beaucoup parlé et discuté de Foucault grâce aux critiques et aux commentaires ; c’est d’ailleurs un sport partagé par mal des personnes qui en parlent. Lire Surveiller et punir est certainement le meileur moyen de découvrir le génie au moins littéraire de Foucault. Quoi que l’on pense de la théorie, il faut au moins lire cet ouvrage pour voir à quoi ressemble un bel essai socio-historique la genèse et la mise en place du dispositif généralisé de contrôle qui gouverne nos sociétés.

Les autres nominés

  • Les philosophes : vie intime (P. Riffard) : Certainement le livre qui se rapproche le plus de d’une vraie sociologie ou étude de la philosophie (rien à voir avec le livre d’Habermas par exemple)
  • Growing artificial societies/Generative social sciences (J. Epstein) : Les livres indispensables à ceux qui veulent s’initier, découvrir ou faire découvrir des approches multi-agents et des simulations d’intelligence collective.
  • Cities and Complexity (M. Batty)
  • L’empire rhétorique/La nouvelle rhétorique (G. Perelman)
  • Etudes sur la personnalité autoritaire (T. Adorno) : J’avoue que j’ai profité de la sortie de l’édition française pour le lire pendant les élections ce qui n’a fait qu’augmenter le “plaisir” de lire cet ouvrage d’Adorno et les bons côtés de la théorie critique.

Romans
h4. Une adoration (N. Huston)

C’est un peu la surprise de l’été. Je ne pensais pas avoir le temps de lire un roman pendant l’été à cause de diverses charettes, je pensais partir avec un livre léger dans mes bagages et je me suis retrouvé avec un sacré coup dans le bide en plein milieu d’une semaine ensoleillé. Bien content de ne pas revivre l’expérience C&C (= Un été, 1 semaine de congé, Pas de colocs depuis 3 semaines, vie nocturne et Crime et Chatiment précédé, suivi, emmellé de Kierkegaard).

Ce livre est tout bonnement un incontournable de la littérature francophone contemporaine. Tous les ingrédients d’un bon roman sont réunis : des modalités narratives vertigineuses où la chorégraphie des voix ressemble à un veritable spectacle, une profondeur des personnages qu’on regrette de ne pas connaître en vrai, un regard sur les temps de la vie et le chaos des collisions existentielles.

Les autres romans de Nancy Huston sont également à lire (même l’été).

Les autres nominés

  • Les chroniques du disque-monde (T. Pratchett) : Du très bon et du très lourd qui mérite sûrement tout le culte associé ; j’aurais seulement dû éviter d’en lire 3 en moins d’une semaine et friser l’indigestion.
  • Pensées secrètes (D. Lodge) : Moins bon que ces précédents mais peut être le plus complet.
  • L’homme-dé (L. Reihnhardt)
  • Kafka sur le rivage (H. Murakami)
  • The picture of Dorian Gray (O. Wilde) : Je lis peu de romans classiques mais celui-là valait le détour.

Graphisme

Information architects (R. Wurman)

L’ouvrage est difficilement trouvable en librairie mais il est à consulté pour toute personne qui s’intéresse au rapport entre esthétique visuelle et information. De quoi voir d’un autre oeil tous les schémas, diagrammes, cartes et autres outils de communication de l’information qui grouillent dans notre environnement et qui sont le fruit d’un travail souvent mal reconnus. Ce livre est idéal pour comprendre et découvrir les métiers qui sont liés au pendant graphique du design de l’information mais aussi à reconnaître toute la créativité nécessaire pour mêler sens et esthétique.

Les autres nominés

  • Patterns (? le livre est introuvable quelque part au bureau) : Idéal pour tous ceux qui cherchent des idées de motifs génératifs à coder ou pour les concours entre collègues de graphisme by script. Ok sur ce coup là je suis souvent seul.
  • Les éditions pyramid Une partie croissante de mon budget acquisition est entrain de partir chez eux. Vivement les prochains numéros d’”Emergence”:http://www.pyramyd-editions.com/index.php?collec=3
  • Pictograms, Icons & Signs: A Guide to Information Graphics (R. Abdullah et R. Hubner)
  • Envisioning Information (E. Tufte)
  • Designing interactions (B. Moggridge)

Informatique et méthodologie de développement

About Face 3. The essential of interaction design (Cooper et al)

Il y a des livres comme ça qu’on voudrait pouvoir poser au milieu de l’open space et déclarer que ça sera la nouvelle bible en ce qui concerne le développement, l’érgonomie, la conception du travail, son organisation etc. Ce livre est de ce genre : sacré. Il pousse le langage du design d’interface à un niveau analytique en engageant une discussion raisonnée sur les concepts et la pratique des interfaces vécus par les usagers. Plus complet que The Elements of User Experience de J. Garrett (que l’on offrira plus volontiers aux collaborateurs pour donner un point de vue synthétique sur l’organisation moderne du travail en développement web), About Face 3 pose les bases d’un langage pour parler de la construction d’applications et du système d’éléments visuels et interactifs associés aux paradigmes actuels.

Les autres nominés

  • Pratices of an agile developer (V. Subramaniam et A. Hunt)
  • Agile development with Rails, 2nd ed. (D. Thomas et D. Heinemeier Hanson)
  • Pragmatic version control using Subversion (M. Mason) : Il a les qualités et les défauts des bouquins d’informatique (ce point mérite plus de détails) mais il m’a été bien utile pour faire la transition par rapport à CVS et je le recommande à toutes les personnes qui veulent partir du bon pied avec les systèmes de versionning et subversion. Oui, C’est le 3ème bouquin de chez The Pragmatic Programmers mais leur livre valent la peine d’être lu et de peupler les maigres étagères des bibliothèques des bureaux d’informatique.
  • The laws of simplicity (J. Maeda)
  • In the bubble (J. Tackhara)

En passant

Oui ça fait beaucoup de vrai papier et des vrais arbres qui prennent maintenant le chemin de mes étagères. Certains de ces ouvrages ont été consulté en bibliothèque mais je regrette de n’avoir trouvé peu en version électronique. Surtout que je me pose actuellement la question du papier électronique au moins pour ce qui concerne les articles mais je n’ai trouvé aucun retour ou récit de personnes ayant tenté les articles scientifiques sur un outil comme le Cybook Gen 3 et l’Iliad reste définitivement trop cher.