La limite du savoir que la photographie peut donner du monde est que, tout en pouvant aiguilloner la conscience, elle ne peut en fin de compte jamais apporter aucune connaissance d’ordre éthique ou politique. Le savoir tiré des photographies sera toujours une certaine forme de sentimentalisme, qu’il soit cynique ou humaniste. Ce sera un savoir au rabais : une apparence de savoir, une apparence de vérité ; de la même façon que l’activité photographique est une apparence d’appropriation, une apparence de viol. Le mutisme même de ce qui est hypothétiquement intelligible dans les photographies est ce qui les rend séduisantes, provocantes. Leur omniprésence exerce une influence incalculable sur notre sensibilité morale. En introduisant dans ce monde déjà encombré de son double iconique, la photographie nous donne le sentiment que le monde est plus disponible qu’il ne l’est en réalité.Le besoin de voir la réalité confirmée et le vécu exalté par des photos constitue un mode de consommation esthétique dont personne aujourd’hui n’est capable de se passer. Les sociétés industrielles font de leurs membres des camés dont l’image est la drogue ; c’est la plus puissante forme de pollution mentale. Désir poignant de trouver la beauté, d’en finir d’examiner le dessous des choses, de sauver et de célébrer le corps du monde : tous ces constituants du sentiment érotique s’affirment dans le plaisir que nous prenons aux photographies. Mais d’autres sentiments, moins libérateurs, s’y expriment également. Il ne serait pas faux de dire que les gens ont un besoin compulsif de photographier : de transformer le vécu lui-même en une façon de voir. Au bout du compte, vivre quelque chose et en prendre une photo deviennent identique, et participer à un événement public équivaut de plus en plus à le regarder sous forme photographique. Mallarmé, le plus cohérent des esthètes du XIXème siècle, déclarait que tout l’univers exite pour aboutir à un livre. Aujourd’hui, tout existe pour aboutir à une photographie.
La caverne de Platon, Susan Sontag
Pour ceux qui s’intéressent au futur de cette noble institution qu’est l’Université avec un U majuscule signifiant sa mission d’enseignement supérieur et sa vocation à permettre à tout un chacun d’acquérir un état de connaissance proche de l’illumination de certains éminents scientifiques, il va falloir se battre un peu ou au moins attendre la prochaine personne qui voudra réformer l’enseignement supérieur.
Grâce au feed d’une grande pote facebookienne, Valérie Pécresse, j’apprends que celle-ci veut mettre en place une “nouvelle université”. Outre l’habituelle blague sur la nécessité de faire de l’université un organe de professionnalisation, il y a comme qui dirait une sorte de diversion : Comment redonner sa place au sport à l’université ?. Voilà la grande question qui se pose lorsque nos amis du ministère pensent la nouvelle université. Ah oui ça sera bien pratique de pouvoir compenser cette UE de topologie par 3 longueurs dans une piscine. Après on nous apprendra comment additionner 4 poireaux avec 2 patates.
Remarquez l’astuce : “A-t-on vraiment besoin de sport à l’université ?” Devient “comment en remettre ?”. Ahlala un esprit dans un corps sain. Que de bons souvenirs. Vraiment, c’est parfois à se demander si les gens qui sont dans les commissions ont déjà mis à les pieds dans une université, ont eu un (même bref) parcours universitaire, savent vraiment ce qu’ils sont entrain de réformer.
Pendant ce temps-là, dans une facheuse liste d’une école à la réputation gauchiste m’arrive un curieux mail qui n’a pas l’air d’émouvoir les foules : “Cursus Conforama-la sorbonne” dont je vous recopie le premier paragraphe qui résume assez bien le potentiel comique.
Dans un contexte concurrentiel accru et en perpétuelle évolution, Conforama s’est associé à la prestigieuse Université Panthéon Sorbonne pour créer un nouveau cursus diplômant (Bac + 5) et totalement innovant, construit à partir des enjeux stratégiques de l’enseigne. Son défi : faire des directeurs de magasin Conforama de véritables entrepreneurs du discount au service du client.
Oui, ce cursus n’aurait pas la même tête s’il s’agissait d’une autre université ne pouvant préter aucun nom de renomée prestigieuse mondiale et on parfois du mal à voir la transition entre la vocation de transmission de la connaissance à la formation de pros du discount. Puis bon ce n’est pas comme si la Sorbonne était ce monument parisien, temple de la vieille intelligence et lieux de bataille de chaque mouvement étudiant. Grotesque.
Parents du futur, sachez-le, si vos enfants vont à l’université, ce n’est pas pour devenir plus érudit, ni devenir sociologue, philosophe, physicien, biologiste, esquisser les théories qui nous permettront de comprendre la complexité des oeuvres littéraires, contribuer à la science ou ce genre de balivernes mais bien pour apprendre à diriger un magasin grâce à des techniques innovantes.
À défaut d’intégrer la “DM Academy”*, les recalés auront toujours assez de biscottos pour pousser les palettes et monter les meubles eux-même. Les produits de cosmétique de décoloration des cheveux ne sont pas fournis par l’université, parce que c’est statistique, il y aura de moins en moins de blonds alors à moins de revisiter les codes de l’aryenité, il faudra passer chez les coiffeurs.
Bon quand est-ce que les gens qui n’ont rien compris à l’Université vont-ils arrêter d’en parler et/ou de croire qu’ils ont un avis sensé dessus ?
- “Cycle de management stratégique et opérationnel dédié aux Directeurs de Magasin Conforama” (copier-coller)

Partout à travers l’asie commence aujourd’hui la célébration de la nouvelle année. La plupart des traditions y consacre trois jours de festivités. Si le Têt vietnamien a une bonne visibilité, il ne faut pas non oublier la tradition tibétaine et par pitié, commencer la nouvelle année d’un bon pied et commencez à arrêter de confondre la chine avec le reste de l’Asie. Ce n’est même pas comme si l’actualité chinoise depuis quelques décénnies était éxemplaire et un modèle d’humanité.
Meilleurs voeux, bonne année et bonne chance pour cette première semaine dont découlera la forme du reste de l’année !











