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Et d'abord, pourquoi ce concert ? Pour rien évidemment : la musique c'est toujours pour rien. elle n'a pas de raison d'être, elle n'a pas de raison tout court, et c'est pour cela que les Français y sont tellement _paumés_. Ici tu as voulu semer des indices emphatiques, un peu grotesques, comme pour suggérer qu'il était possible de débrouiller les pistes et les suivre quelque part. Tu as choisi le 24 juin, la nuit de la Saint-Jean, la nuit des sorts. Tu as cherché à créer, pour eux tous, le songe d'une nuit d'été. Mais ils n'ont pas envie de se laisser faire. Ils cherchent la clé du songe. Ils veulent interpréter. Ils se connaissent et ne se connaissent pas ; ce n'est ni assez intime ni assez impersonnel pour qu'ils sachent sur quel pied danser. Alors ils sont en suspens : tu le sens et cela te rend nerveuse. Mais tu verras que cela n'a aucune importance. Ou plutôt : ce concert est à la fois complètement important et complètement insignifiant ; chaque note est à la fois gratuite et nécessaire. Car ces _Variations Goldberg_ n'avait pas besoin d'exister du tout, mais une fois qu'elles se sont mises à exister, elles ne pouvaient qu'assumer une forme, et l'assumer jusqu'au bout. Quand j'écrivais, le même dilemne était constamment présent. Le soucis de ne pas faire avec des mots des murs, mais plutôt des constructions ajourées, me faisait craindre la chute à travers une des ouvertures que j'avais moi-même pratiquées. Alors tu me parlais des portes qui ne pouvaient être ni ouvertes ni fermées – t'es souviens-tu ? –, mais entreouvertes ; on essayait d'imaginer d'autres choix possibles qe celui, occidental à outrance, de "faire le plein", et celui, oriental à outrance, de "faire le vide". Mais j'étais persuadé – je le suis encore – qu'ici et maintenant l'écriture ne peut pas illustrer ce choix ; qu'elle sera toujours pleine jusqu'à l'écoeurement ; qu'elle ne peut éviter d'être détournée en _enseignement_ (savais-tu que Blanchot et Duras sont désormais inscrits au programme du bac ?)... La musique, elle, a plus de chances, du fait qu'elle n'enseigne pas ; c'est dans sa nature même d'être perméable. Si le sens est roc, la musique, elle, est roche : poreuse, comme ces pierres volcaniques que nous avons trouvées sur la plage en Italie. Elles ont été de la lave brûlante ; maintenant la mer passe librement à travers leurs cavités. Elles sont en même temps du solide et du vide. Aimeras-tu cette métaphore ? Je te la dirai demain ; peut-être y trouveras-tu de quoi faire un sourire ou un haïku ... Les variations Goldberg, Nancy Huston
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duong tam kien


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duong tam kien - sociologue/architecte de l'information

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