Quelques semaines ont passé depuis que je suis sorti de la charrette infernale d’un article scientifique que je n’arrivais pas à ré-écrire. Rien de mieux que l’urgence et un peu de témérité pour en venir à bout. Pareil pour pas mal d’autres trucs. Maintenant que j’ai récupéré en ingurgitant quelques romans (finir la croisée des mondes et commencer Asimov), je suis de nouveau paré au combat. Des promesses, des promesses, les jours de calme pour cause de baisse collective générale de tension à base de foie gras et célébrations calendaires (ok tout le monde connait mon avis sur la question) seront consacrés à ce que ce blog possède enfin une tête plus personnelle et moins irritante pour les yeux dès que je recopie un bout de bouquin.
En attendant, le pre-print et l’article publié, une petite mise en bouche. C’était un article sur une introduction de paramètres socio-politiques dans une simulation de société artificielle permettant l’observation du rapport entre systèmes internes lexicaux et effets globaux. Plus particulièrement, il s’agit avant tout de montrer comment on peut paramétrer l’équilibre désordre/ordre dans un système sociale par la reproduction d’un modèle réaliste de communication dont le support est le déploiement de deux motifs d’interaction sociale ; oui parce que c’est pas pour rien que ça se passe dans une revue de sciences de la communication. Il y avait un peu de maths mais pas trop. Les probabilités associées sont pas spécialement palpitantes du coup je compte bien sur le travail futur sur la visualisation pour apporter un peu d’eau à mon moulin sur les structures sociales. Je me dis aussi que la mesure de l’alignement lexical (l’homogénéité émergent par l’interactivité) ressemble pas mal à de la synchronisation. Le problème c’est que j’ai déjà essayé un petit été à comprendre les équations de la théorie de la synchronisation mais rien n’y a fait (et le sentiment d’incompréhension avait l’air assez collectif (chez les sociologues en fait)). Si quelqu’un comprend quelque chose à ce livre, j’ai des données à faire analyser (;
Pendant qu’on y est, une petite vidéo made in TED.COM. Ca n’explique pas grand chose mais ça illustre bien le phénomène en question. Simplicité, complexité, vous allez commencer à connaître la chanson.
Voilà avec ça, je dois être à peu près synchro entre ce que j’aurais pu dire et ce que je pourrais dire.
Lors de ma première année de doctorat, je me souviens encore de mon étonnement lorsqu’il s’est avéré que même chez les scientifiques un peu dures (des matheux et des informaticiens) le partage des connaissances y était loin d’être aussi spontané que pouvait le laisser penser le sens commun. Même si les justifications sur les stratégies de publication sont tout à faire recevable, je reste un fervent défenseur des sciences commons
Du coup, c’est le moment ou jamais de partager cette petite vidéo qui tente d’expliquer en deux minutes l’équivalent opensource du travail scientifique :
Pour les plus sceptiques qui rétorqueront que ça fait d’autant plus de données, qu’on a déjà assez de mal comme ça à être à peu prêt à jour dans la littérature, je vous partage cette petite citation trouvé hier soir :
Simplicity can also be understood as condensed information instead of filtered information. It makes complexity understandable instead of eliminating it.
Oscar Wilde
C’est étrange non cette convergence entre recherche de simplicité et compréhension de la complexité ? Je vous laisser deviner pourquoi ça fait au moins un an la visualisation de données et du design d’information me semblent être la passerelle inévitable entre sciences et design.
Bon c’est marrant, ça fait un peu quelques semaines que j’essaie de finir cet article sur la fonction de la langue politique dans la structuration des sociétés et quelques jours que je deviens assez agressif à ce sujet. Mon point de vue est que la manière de parler compte autant que la réaction par rapport à la langue de l’autre. Plus particulièrement lors de conversations aussi bien orales qu’écrites, il est toujours drôle d’observer des mélanges hétérogènes dans la même séquence de correction orthographique/grammaticale, d’erreurs par rapports à d’autres règles ce système (les accents, la syntaxe …) et d’adaptations culturelles (SMS etc) qui rend les académiciens plus très immortels. Ce n’est pas le “niveau de langue” que l’on apprend à l’école qui est réellement important mais comment on l’utilise pour structurer sa relation à l’autre. Les actes de réparations sont très importants pour révéler les positions politiques du locuteur d’une langue ou de la langue employée par un locuteur pour catégoriser son monde. Des prétendues fautes de grammaire et de “français” aux tentatives de masquer les mauvaises connotations, cette régulation dans la langue est toujours intéressante à observer car elle marque partiellement la relation entre sociolinguistique et politique.
Je ne sais pas trop si cet interdépendance est une forme d’obsession personnelle mais ce midi en regardant la télé (un bruit de fond parfois pratique pour se concentrer) j’ai cru voir une nouvelle preuve. Un ministre français de l’immigration tentait de faire la distinction légale entre une expulsion et une reconduite à la frontière. “L’expulsion” étant trop connoté socialement, il fallait bien qu’innocement nos amis politiciens trouvent un nouveau terme dans leur novlangue. Sans vraiment expliquer la différence, il insista plutôt sur le fait que ces dernières étaient justifiées car elle participait à un manquement à une bonne manière : quand on veut habiter quelque part, il faut en demander l’autorisation. Sinon, c’est mal poli et juste mal donc ouste. Un vrai manquement au savoir-vivre. Donc voilà, si vous voulez savoir ce qui fonde vraiment “être de droite”, il suffit de surveiller ces références à l’autorité, à l’existence d’une entité qui “autorise” et qu’il n’est pas question de remettre en cause car elle agit selon un plan supérieur. Les personnes qui ne suivent pas ces règles ou ces lois sont déviantes, il faut les exclure de son propre espace ou bien les corriger. Il n’est surtout pas question de penser qu’il pourrait s’agir d’un acte délibéré de désobéissance. Vous voyez ce schéma qui mène à un clivage ? Non ? Dehors.