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duong tam kien

Le week-end dernier, sur les conseils d’un ami camusien, j’ai dévoré l’heure du roi de Khazanov. La chronique de l’invasion et de l’occupation d’un pays anonyme pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il y a dans la narration ce petit air subtil d’intelligence et de finesse qui n’en rajoute pas trois caisses alors que le thème est complètement sérieux. L’allure pays enchanté avec décor en carton et ambiance ville abandonnée ne font que sublimer la dimension analogique du destin de cet énigmatique et transparent petit pays quant à la réalité masqué par la métaphore.

C’est également une lecture intéressantes pour synthétiser les problématiques politiques de l’écriture dans le contexte de l’Europe de l’est. La trajectoire de Khazanov et de ses écrits sont simplement fascinants.

Disons, pour résumer les propos qui précèdent, qu’au printemps 1942 la situation du pays s’était à peu près stabilisée. La vie quotidienne, mesurée, presque tranquille avait repris. L’absurde possède une capacité à s’intégrer à la réalité, à y acquérir une sorte de légitimité, de la même façon que, dans la cervelle d’un fou, le délire et les fantasmagories cohabitent avec un reste de bon sens suffisant pour lui permettre de vivre parmi les gens sains d’esprit. Les spécialistes connaissent le phénomène curieux de la simulation de la bonne santé propre aux schizophrènes. Cependant, par moments, une escapade inattendue trahit le malade en arrachant le voie qui cache le cauchemar surréaliste de son âme. Les ombres qui mènent la danse se révèlent être les fruits du néant. Un froid glacial émane de ce vide qui sert de fondation à l’édifice dangeureusement fragile de la raison, et on se sent attiré par cette caverne habitée par des ombres…

L’heure du roi, Boris Khazanov

En même temps, j’ai également commencé la lecture du jeu des perles de verre. En traduction française pour ma grande déception. J’ai vaguement essayé de lire les minima moralia en allemand mais c’était vite décourageant. Je vais m’en retourner à mes Calvin et Hobbes pendant quelques temps encore je crois.

En mars, je vais également participer à un séminaire de lecture sur les introductions d’Hegel. Je n’ai jamais eu lu sérieusement cet auteur pendant mes années universitaires mais la remontée de David Harvey vers Marx font d’Hegel un prolongement des dernières lectures. Pour ce que j’en ai lu pour le moment, je pense que ça va aussi titiller ma fibre d’adepte de Wittgenstein.

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