Anomalie Anonyme Anomique Anamorphose d'un amour analytique

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17:53 07/08/04

Solipsisme récurrent ·

L'écriture à la première personne comme nous la pratiquons quotidiennement est-elle autre chose que l'expression plus ou moins artistique d'une philosophie de l'existence ? Quand nous rassemblons nos pensées, nos moments de vie, nos critiques et nos opinions, finalement, nous ne faisons que donner une cohérence à notre vécu qui immédiatement identifié au média -le weblog-, une identité unique alors que les théoriciens de la fragmentation du soi ne cessent de remettre en cause par l'accusation d'une illusion du moi unique à travers le je.

Peut-être est-ce pour cela que l'impression qui me parcourt lorsque je navique de liens en liens, j'ai l'étrange sentiment que le moyen devient la finalité: la promotion d'un réseau, une communauté mais avant tout d'autres weblogs (avant que quelqu'un n'invente le mot "blogocentrisme", je tiens à signaler que le terme "sociocentrisme" utilisé par le père Piaget correspond totalement). Essayer de s'inscrire dans une histoire, un groupe et ainsi se donner une dimension temporelle a quand même quelque chose de triste, non ? Comme si il était impossible de vivre sans chercher à exister et renverser le cycle, de vivre pour exister.

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Commentaires

Exact : l'ecriture, à quelque niveau que ce soit (de la référence philosophique au blog, en passant par le roman de gare et le recueil de poèmes), et pas seulement celle à la première personne, consiste, comme tu le dis si bien, à "donner une cohérence à notre vécu". J'irai même plus loin : vivre, c'est-à-dire progresser de jour en jour sur un continuum, ne consiste-t-il pas en cette rechercher de cohérence ?

Après, je ne suis pas d'accord avec toi : ce n'est pas fondamentalement triste. C'est un fait, c'est humain. Est-ce qu'on peut porter un jugement dessus ? Quelque part, heureusement que les hommes cherchent à se regrouper ; sinon, on serait des requins ! Et grégarité n'est pas (ne doit pas, ou plutôt ne devrait pas) être synonyme de négation de l'identité.

Et puis, il y a plein de blogs qui ne parlent pas que de blogs...

vendredi 9 juillet 2004 16:09 Camille - @

1. A vrai dire, cette réflexion a surgit depuis que j'essaie de comprendre les enjeux du débat entre Proust et Sainte-Beuve autour de la biographie. En gros, ce dernier soutient que la biographie consiste a chercher la motivation transcendantal de l'individu et à partir de là en comprendre toutes ses actions comme si tout ce que nous faisions était orienté vers une unique finalité. Proust réagit à cela en mettant en avant son expérience personnelle de l'écriture et la frontière entre l'homme d'écriture et l'homme du monde, l'un ne permettant pas de comprendre l'autre. Et puis il y a "L'illusion biographique" de Pierre Bourdieu qui souligne que l'activité même de la biographie est une activité pas nécessairement très naturellement pour les personnes qui ne cherchent pas à construire leur vie comme une unité par la narration et que finalement l'entretien biographique est une reconstruction théorique et souvent incohérente pour une grande partie de la population (dans son texte, il suppose que l'activité biographique est une activité dominante-bourgeoise). Dans ce sens, il est en contradiction avec lui-même, sa théorie de l'habitus est souvent un appel à la recherche de cette structure incorporée à partir de laquelle se déconstruirait toutes nos actions et il est obligé de mobiliser la notion d'hysteresis, comme un malaise, pour expliquer le décalage entre certaines situations et ces schèmes d'actions inadéquats. Derrière cela, je pensais aussi à "la mise en scène de la vie quotidienne" de Goffman. Nous ne sommes pas tant cohérent que ça en fonction des situations et certains comportements sont mêmes contradictoires entre eux suivant les situations, les contextes ou la scène d'action. Avec la fragmentation des champs de vie, je pense que nous multiplions aussi les normes, nos manières d'agir et de pensée, nos rôles, nos Moi. L'unicité systématique de l'individu est, à mon avis, valide surtout dans un contexte "traditionnel". Il y a certainement des auteurs qui développent cette vision de l'individu de manière beaucoup plus réfléchi qu'ici (Boltanski si mon intuition est bonne). Je me demandais juste si cette recherche de cohérence comme un modèle de vie humaine n'était pas justement un a priori culturel que nous aurions intériorisé et le terrorisme contre l'incohérence du soi ou seulement la connotation du mot "lunatique" – il existe un synonyme positif pour ce mot ?- n'en seraient pas des exemples de manifestation; puis par extension, une source d'incompréhension des individus.

2. Comme d'hab', je me suis mal exprimé. Ce que je trouve triste, c'est cette tendance chez un bon nombre de weblogs visibles à ne se regrouper que pour promouvoir d'autres weblogs ou dans une structure qui n'est là que pour cela. Je sais tout à fait qu'il existe et que la grande majorité des autres weblogs ne parlent pas de weblogs. Combien de weblogs collaboratifs pour l'indénombrale galaxie des weblogs pour une personne ? Ce n'est pas non plus une critique contre les effets de réseaux, si il n'y avait pas de réseaux informels de weblogs, là ça commencerait à devenir vraiment triste. L'aspect humain (ou idéologiquement humaniste), ce n'est pas justement de se regrouper au delà des différences de formes (ici de ne se regrouper que sous la bannière de l'outils) ? Dans ce sens, Paris Carnet me semble une bonne initiative bien que finalement on n'y parle beaucoup de weblogs. "Blogue ta musique", la blogothèque ou biblioblog sont d'autres exemples d'initiative ne mettant pas en scène uniquement un réseau et d'afficher une volonté de dépasser la mise en réseau-ghetto par les weblogs dans un soucis de partage. Mais il faut quand même avouer qu'elles sont plutôt anecdotiques et épisodiques. Ce que je ne comprend (et ce pourquoi j'aurai du me taire), c'est l'enthousiasme pour l'objet en lui-même. Tout ce qui a la forme et le goût d'un weblog est par magie quelque chose à lire et tout ce qui ressemble à un weblog est regroupable sans réellement tenir compte du contenu. Ici, il faut remercier Merriadoc tant je ne comprenais pas son enthousiasme pour blogpipole.net et "la génialité de pouvoir découvrir d'autres weblogs parce que ce sont des weblogs" (propos plus ou moins déformés).

3. C'est promis, le thème "weblog et réseaux sociaux" est enfermé dans une petite boite tant je réalise maintenant que je n'arrive toujours pas à comprendre ce phénomène.

4. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

vendredi 9 juillet 2004 17:45 nicky

Nan, mais je trouve ça intéressant comme matière à penser... C'est vrai qu'on a beaucoup parlé du "phénomène blog", et des "communautés blog" - la discussion semble s'être tassée (?).

Bon, j'ai pas tout compris de ce que t'as raconté - tu as des références en béton, je suis impressionnée ! C'est parce que t'as décidé de faire une maitrise de socio sur le phénomène, ou juste pour le plaisir de te triturer les méninges ?...

Perso, je disais récemment à quelqu'un (un blogueur) que je n'avais, volontairement, pas fait la (les) démarche(s) de ce genres de regroupements à la blogpipole etc. –à ce sujet, je serais intéressée de savoir ce que merriadoc en dit) Ça me semble plus que factice... Même Paris Carnet ne me donne pas envie. Pourtant, je suis tout à fait pour les regroupements, les rencontres que peuvent générer les blogs ! Je trouve même ça vraiment génial. Et les initiatives comme la blogomix de la blogothèque me paraît très intéressante. Je crois fondamentalement en ce pouvoir fédérateur de l’internet… (c’est con, hein ?)

Et je me suis fait la réflexion que la blogosphère prend de plus en plus des allures d'IRC. J'ai l'impression de retrouver au gré du réseau des blogs, notamment avec l'apparition de plateformes d'édition 'clés en main', du même état d'esprit des chambres de discussion de wanadoo où, je l'avoue (...), il m'est arrivé de traîner mon clavier il y a quelques années... Maintenant, il y a mêmes des sites pour expliquer l’origine de son pseudonyme où envoyer les gens qui se poseraient la question…

Evidemment, comme je le disais, cela ne correspond pas à tous les blogs. Mais ne touchons-nous pas là le coeur du problème : un schisme entre deux types de blogs ? Pour certains, un média pour se raconter (on retrouve ton idée de biographie) ; pour d’autres, une expérience, quelque chose à essayer, sans que cela prenne forcément consistance. Finalement, le blog c’est un peu la banalisation de la biographie ! Tu dis que Bourdieu prétend que la biographie est un exercice à dominante bourgeoise (je suis d’accord, bien que depuis quelques années ce soit de moins en moins vrai). Avec le blog, tout un chacun a droit à sa minute de bio. Selon les individus, cela prend des allures différentes, mais finalement n’importe quel bout d’écrit nous raconte.

En ce qui concerne l’incohérence de l’individu (je ne vois plus trop le rapport avec le reste ; il semble que ton billet soit parti vers deux directions), je pense que c’est inhérent à l’humanité de chercher la cohérence. Il y a des tas de psy très intelligents/intéressants qui ont élaboré des théories sur le sujet… Et c’est sûr que depuis toujours celui qui fait preuve de son incohérence (même dans le bon sens du terme), n’est pas particulièrement bien vu ! Je ne crois d’ailleurs pas qu’il existe un terme positif pour lunatique (par contre, côté négatif y a ‘schizo’, qui marche très bien et, si son usage courant ne correspond pas réellement à(aux) définition(s) clinique(s), veut bien dire ce que ça veut dire). Et puis, je ne suis pas sûre que les lunatiques recherchent forcément la reconnaissance de leurs paires non-lunatiques, donc je pense qu’ils s’en foutent un peu…

vendredi 9 juillet 2004 19:01 Camille - @

Avec un peu de recul et quelques moments de méditation pendant mes trajets en transport en commun (pour mes futures phases de rédaction, je pense demander la location d'un wagon ou devenir clochard), je ne trouve vraiment pas ma tentative d'ouverture de perspective réussie. Cela ressemble même à de la mauvaise théorie critique -limite marxiste- résultat d'un point de vue contenant une grosse teneur moralisatrice d'un point de vue peut-être trop orienté contre l'aspect parfois promotionnel des performances sociales et épistolaires que sont les weblogs. J'y lis également un reste de cette impression que les weblogs ont tendance à emprisonner une image de soi qui n'est pas forcemment bénéfique. Pour couper à mes pensées à voix hautes, je crois que ça demande encore à être travailler et à arrêter de chercher ce qui ne va pas. En fait, les weblogs ne sont que des outils mais c'est l'utilisation sociale que me dérange plus que la qualité générale ou les utilisations particulières. L'utilisation du terme de classe bourgeoise par Bourdieu est surtout à comprendre que les dominés agissent "pour faire comme" et non "comme" d'où l'idée qu'il s'agit plus d'une critique de l'imitation plus ou moins inconsciente des classes moyennes (et vision tout à fait contestable par ailleurs). Est-ce que la démocratisation de l'outils s'accompagne d'une diversification de la manière de l'utiliser ou finalement on continu à se cantonner à faire "comme" ?

Les références, j'avoue que c'est à la fois une prise de tête personnelle sur les différentes approches du paradigme de l'acteur (ethnométhodo, interactionnisme et individualisme méthodologique) qui tendent à construire un programme permettant d'effectuer la sociologie d'un individu en comprenant ses différentes dimensions historiques et psychologiques et dans un second temps, mon étude en cours ayant pour thème les pratiques de lecture et au cours de laquelle, j'ai sérieusement dévié vers les pratiques amateurs d'écriture ... Et "l'orientation normative de l'action" est un sujet assez contemporain et présent dans les différentes réflexions d'où l'on peut amener deux alternatives possibles: 1. Une théorie assez bourdieusienne qui suppose un stock homogène de normes intériorisées et structurées (Bourdieu, c'est juste que j'ai passé un moment à essayer d'ouvrir la boite noire et comprendre ce qu'il voulait dire derrière un langage assez hermétique et obscure. Sans oublier un certain blocage ou verrouillage autour de la fascination quasi-idolatrique d'un certain nombre de personne qui font autorité (sic) - non mais franchement des cours sur cassette vidéo ...) et 2. Un modèle de la multiplicité des personnalités postulant l'hétérogénéïté des origines normatives de notre stock d'"habitudes", réhabiliant les connaissances de psycho-socio et qui tend à revenir sur le devant de la scène. Ce dernier modèle est ce qui me semble le plus pertinent et déjà assez commun lorsque que l'on veut associer une grande idée à un personnage qui la fera évoluer voir se contredire. A froid, la théorie de l'image de Wittgenstein et sa critique par le même Wittgenstein ou la théorie de l'idéologie de Marx, qui sont souvent analysées en divisant les personnages en différentes parties (Wittgenstein jeune et vieux, Marx 1 et Marx 2). Si mes souvenirs sont exacts, il y a même une théorie de la dissonance culturelle dont Ludwig W. est pris en exemple de décalage entre ce qui est attendu et ce qui effectif sans pour autant occasionner un problème pathologique.

L'exemple du mot "lunatique" avait en fait deux fonctions. D'abord montrer que notre perception de l'incohérence individuelle tenait plus d'un effet d'étiquetage sociale plus qu'un réel vécu (par analogie avec la sociologie de la déviance et son analyse par Becker dans Outsiders. Sommairement, la déviance n'est pas inhérente aux personnes mais à la désignation effectuée par la société) puis après avoir montrer qu'il s'agissait d'une perception culturelle plutôt qu'humaine de justifier la mise en place d'un dispositif et un système d'idées et d'auteurs permettant de remettre en question le postulat de la cohérence. Ceci est une conviction personnelle, mais il a l'air assez facile de montrer à quel point on peut avoir des conduites incohérentes entre elles tout en restant totalement rationel. Mais ici on touche une zone sensible de conflit réthorique touchant plus ou moins toutes les disciplines des sciences humaines quant à une rupture ou non entre tradition et moderinté. Débattre de cela ici est assez vain vu que d'autres y ont déjà perdu quelques décennies.

Moment synthèse. La grande interrogation était: "Est-ce que nous racontons une seule personne ou plusieurs personnes ? Et dans le second cas est-ce qu'il n'y a pas une volonté de paraître comme une unité en séléctionnant ou en transformant la réalité ?"

samedi 10 juillet 2004 09:45 nicky

Pour la citation de merry, il faudra attendre qu'internet retrouve le chemin de mon appart'.

samedi 10 juillet 2004 09:46 nicky
A propos du site sur l'explication des pseudos, je trouve que c'est assez congruent avec "l'illusion biographique" et le culte du nom dans son utilisation la plus bourgeoise. Dans la même veine, il y a aussi post-synchro. On va se croire unique sous notre identifiant qui devient le référent d'une existence. Par contre, c'est certain: le phénomène limité à un petit groupe de personnes qui semble avoir le monopole de la scène ... blogs, haute société et aristocratie, même combat. samedi 10 juillet 2004 12:59 nicky

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