Page blanche ·
J'ai toujours eu une difficulté à écrire noir sur blanc ce qu'il me passait par la tête. La question ne concerne pas ici un problème d'inspiration de l'auteur-écrivant-lecteur-gribouilleur que je ne suis pas ou de la couleur de l'encre utilisée mais bien de l'action d'écrire. La page blanche m'inspire une certaine beauté, salir la feuille et briser l'immaculé virginité du papier demande un effort cathartique que je n'ai jamais eu pu ou su vaincre. Idem pour la vie sociale, il y a un sentiment viscéral qui m'empêche (à tort ou à raison) d'entrer une scène qui n'est pas la mienne, de rompre une harmonie déjà en place alors que je pourrais très bien être un élément de cette écho social. La disposition écrivant-lecteur propre à la scène amateur des weblogs a ceci d'apaisant, on peut s'immiscer dans la vie des gens, découvrir des personnalités sans inférer, sans réellement devenir acteur de l'histoire; à la différence du voyeurisme, il y a pas d'autres plaisirs que de découvrir les subtilités d'une (de la ?) vie et à la différence d'un roman, il y a un paradigme de réalité bien plus présent (qui n'a jamais imaginé croiser ses lectures virtuelles dans le métro). Pour comprendre la spécificité du rapport entre écrivant amateur et utilisateur de carnet virtuel, je pense qu'il faut voir cela comme un premier personnage lisant un livre où vit un second personnage qui lit le premier, l'interaction par le langage pur et le partage du vécu dans un immense paradoxe de la réalité au mieux donc une influence par l'image. Du point de vue de la relation, pour moi, les weblogs se rapprochent plus de l'aphorisme du papillon qui rêve du sage (Tchouang Tseu, aphorisme) que du besoin communautaire.
En fait, derrière tout cela, il y a une crainte bien plus humaine: la peur de l'engagement.
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