Considération bridgetienne ·
Des fois quand je suis en perte de repère à cause de ma retraite sentimentale –tout un combat "contre les évidences. Méthode du discours sans fin." (Nicky D., Editions du Tout, Paris, 2015)– qui ne cesse de durer, quand les symptômes se font de plus en plus fort comme faire des rimes pour une moitié qui n'existe pas –et pourquoi on devrait toujours être la moitié de quelqu'un d'autre hein ? Platon mais après ? On va continuer à se pourrir la vie à cause d'un vieux barbu grec ?– … Quand je suis dans ce genre d'état, donc, je vais voir mes amis mariés-ou-presque. Je sais bien que j'agite ici un gros cliché sur la vie en couple mais personnellement, j'ai la chance de connaître ce que l'on pourrait appeler, pour utiliser un mot savant, un idealtype (construction idéale proche de la caricature. Concept de M. Weber) du couple "22 ans, papy et mamy avant d'avoir eu des enfants".
Selon moi, le couple est une institution conceptuelle. Institution car manifestation physique réelle, matérielle et temporelle d'une idée que l'on se fait de ce que doit être la vie une fois dépassé un certain âge. Conceptuel car tout concept est autant de chances de survivre que deux papillons se transformer en asticot. De plus, l'entrée en couple est généralement reconnu comme le premier moment de chute fatale dans le nombre de relations amicales (O. Galland, Sociologie de la jeunesse). Il existe des exceptions comme les "Living Appart Together" (F. de Singly, Libres ensemble), les couples qui ne cohabitent pas, tout montre qu'ils continuent à faire "comme si" aussi bien dans l'aménagement de l'espace de vie que l'aménagement temporel (téléphone etc.). De plus toute institution ayant potentiellement une fonction (Merton), on ne peut pas se contenter de dire que le couple soit seulement un objectif biologique, car il n'y aurait pas alors besoin de se couper du monde et je pense que l'excuse du rituel qui perdure n'est pas une excuse valable non plus. Non, je pense que les gens qui devienne proche de l'autisme social le font essentiellement pour faire culpabiliser les autres, cette sous-espèce de l'humanité que l'on nomme souvent "les célibataires". Revenons-en à nos moutons (puisque c'est plus ou moins le mot qui convient), quand j'ai un petit coup de blues (qui n'est pas de la déprime), je vais voir mamy et papy ou du moins j'essaie car ça se solde souvent par un coup de téléphone et un dialogue de ce genre.
– Hello !
– Bonjour !
– Ca va ?
– Ouais et toi ?
– Non, j'ai envie de parler. Café. Rendez-vous à 19h30 ?
– Ouhla non, si je sors après 19h30, [Bibiche/Raoul] va me casser un bras.
Je sais que je tiens là une belle caricature (d'ailleurs, je ne veux pas savoir si "casser un bras" est à comprendre au sens figuré ou au sens propre) mais je réalise également que le célibataire, à l'instar de son collègue qui vit dans un monde merveilleux où ils ne sont que deux à vivre à deux, a également une fonction faire culpabiliser son ami d'avoir troqué une certaine forme de liberté qui fait passer mes Near Feelings Experiences (NFE) à fréquence annuelle (dans le meilleur des cas) pour une vie de libertin lubrique. Mais bon des fois, j'arrive à les sortir de chez eux, à midi quand ils étaient déjà dehors, et à les faire s'asseoir autour d'une table. Ce qu'il y a de chouette avec ces gens là, c'est qu'ils ne veulent en aucun cas parler de la solitude et tout le reste (parce qu'ils ont du mal qu'ils peuvent être seuls à deux) alors on parle de mes problèmes de problématiques (un problème récurrent et problématique depuis un an) ce qui constitue alors le must du dialogue (tout ce qui est personnel ne pouvant sortir du trou noir "marital" ou un tout petit peu d'informations comme les vrais trous noirs) et m'amène souvent à reconsidérer mes échelles de réussite et d'échec de la Vie.
Bon ok. Manger des nouilles instantanées et écrire cette justification à 30 cents et 6 euro-sous en attendant "That 70's show" a quand même quelque chose proche de la loose. Plus jamais, je ne me plaindrais qu'Internet est une source possible de rupture du lien social parce que clairement, le problème est en amont. Rendez-moi ma connexion !
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