Anomalie Anonyme Anomique Anamorphose d'un amour analytique

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08:55 05/26/05

Quand j'étais jeune ·

Dans mon isolement social semestriel où mon seul lien au monde reste les deux heures par jour de vidage de cartouche d'encre, j'ai craqué : je suis sorti de chez moi et je suis allé au cinéma. Échec d'une prophétie, ceci est l'histoire du comment et pourquoi je vais basculer du mauvais côté après avoir perdu une soirée en allant voir le troisième de La Guerre des Étoiles (ou le sixième selon la manière de compter) ; bref La Revanche des Siths. Cette lecture d'une double trilogie cinématographique répond à besoin évident d'évacuer la frustration avant que mes futures dissert' ascétiques ne souffrent de la présence incongrue d'éléments contemporains voire pire de la « culture populaire » qui craint.

Attention ce billet contient des informations sur le déroulement des films et peut donc heurter la sensibilité des âmes naïves qui ne sont pas encore passées devant le Grand Écran Blanc.

Présentation

Pour mesurer les attentes et donc la déception post-vision, il faut faire preuve d'un peu de compréhension. Pourquoi va-t-on voir cette nouvelle fournée de films ? L'enjeu de cette analyse se situe donc dans l'articulation entre attente et expérience vécue dans le cadre d'une théorie socio-esthétique de la satisfaction. Une étude effectuée sur un échantillon représentatif de trois personnes montrent qu'il y a 5 raisons majeures que l'on peut ordonner de la manière suivante :

  1. Yoda qui se bat ;
  2. Natalie Portman ou Ewan McGregor (selon les affinités) ;
  3. Des sabres lasers ;
  4. Les Wookies ;
  5. Comprendre pourquoi Dark Vador est le père de Luke et en finir une bonne fois pour toutes avec une réplique, devenue gag, qui revient depuis une vingtaine d'années.

La théorie de la disconfirmation

Pas trop le temps de disserter, déjà que j'aurai dû passer ma soirée à écouter John Cage au lieu de John Williams, alors je vous la fais courte. La théorie de la disconfirmation est un outils opératoire pour comprendre la construction du sentiment de satisfaction. Processus en 3 temps et demi. Les attentes sont les représentations préalables et qui forment les présuppositions sur l'objet. La performance correspond à l'expérience vécue autrement ce qui a retenu l'attention lors de la rencontre avec l'objet. La disconfirmation est l'étape cognitive qui détermine la satisfaction en faisant l'évaluation de la congruence entre la performance et les attentes (où l'on voit que l'attention ne correspond pas nécessairement avec l'attente).

L'application à SW3

Selon notre échantillon représentatif, il est possible de voir que la moyenne de saturation est de 2 épisodes (mention spéciale pour jarjar binks dont la moyenne est 10 minutes). En d'autres termes, au bout de deux épisodes les attentes diminuent en importance ou sont remplacées par d'autres. Dans notre cas, cela élimine les arguments (2) et (3) et (4). Concernant l'argument (1), l'utilisation de Yoda est donc encore une attente à combler. Mais il ne faudrait pas penser à recommencer sinon cela va finir comme les autres attentes.

Il reste maintenant le dernier intérêt de cette nouvelle trilogie. Il est à mon avis possible et souhaitable de ne pas confondre les 6 films dans une seule saga pour des raisons historiques et techniques. Les épisodes 4, 5 et 6 n'ont pas été à la même époque que leurs prologues et ils n'ont pas été tourné pour les mêmes raisons cinématographiques. Les 4, 5 et 6 racontaient une histoire que l'on découvrait au fur et à mesure, avec des surprises et des rebondissements et du suspens. Les 1, 2 et 3 en répondant à la l'attente (5) relève d'un autre exercice de style : la construction d'une histoire conduisant d'un point A à un point B. Filmiquement parlant, il faudrait ainsi considérer cette nouvelle trilogie à une autre reconstitution historique de qualité : Le Seigneur des Anneaux (La communauté de l'anneau, Les deux tours, Le retour du roi).

Pour Peter et Georges, le problème est le même et se situe donc dans le traitement en trois temps d'une histoire déjà terminée et dont la conclusion est déjà définie. L'Histoire, c'est important et ça ne se ré-écrit pas. L'un réussit, l'autre non. Pourquoi ? D'un pseudo-rien, une bouillie primordiale scénaristique, Georges doit faire émerger un méchant papa de faux jumeaux. Jusque là, rien de bien original et il existe des films sur la situation des femmes battues bien mieux réalisés que cela et en moins de temps. Les trois épisodes peuvent donc se résumer de la manière suivante :

  1. Rencontre des personnages. Dispositif pour l'introduction à une love story ;
  2. Rencontre de A. avec son pote à la mauvaise influence. Dispositif pour le début de la frustration. Conclusion du dispositif introduit précédemment ;
  3. Conclusion des mauvaises fréquentations de A.

La disconfirmation intervient sur la rencontre entre l'attente d'une explication et une expérience d'un vide incohérent. Si on peut voir que les deux premiers temps ont chacun leur intérêt comme le développement d'abord de l'histoire des personnages puis ensuite de leur maturation ; le troisième temps n'est qu'une extension des deux premiers. En d'autres termes, on aurait très bien pu s'en passer. Tout avait déjà été dit avant. En résumé, Le véritable point faible de ce troisième volet est que tout le travail a déjà été fait dans les précédents et que la seule chose qu'il reste à faire et le raccord entre les deux trilogies. Le film ne fait signe d'aucune imagination ou de rupture avec les scénarios préconstruits (ce que l'on peut appeller plus banalement : pas de surprise).

Conclusion

Le résultat final est donc une suite de séquences qui ne sont que l'utilisation des éléments bout à bout, il n'y a ici aucune nouveauté et l'introduction de personnages ad-hoc (Dark Maul, Qui Gon et les autres) s'essoufle et ne supporte rien d'autres que la contribution à la saturation des 4 premières attentes. La transition entre les deux contextes se fait ainsi à la catapulte dans une suite parfois longue et parfois sommaire de clichés et de clin d'œil à un futur antérieur qui n'expliquent pas grand chose (la disparition des clones, pourquoi le futur plus puissant se fait rétamer comme un débutant). Ces trois épisodes que l'on aurait aussi pu nommer "Dark Vador. Sociologie d'un mauvais génie" se terminent donc sur une déception, celle de ne pas savoir si oui ou non, Yoda est plus fort que Gandalf.

Ok, je mens quand je dis que l'on apprend rien. L'enseignement de ce dernier volet est que la compassion Jedi envers un ancien frère spirituel consiste à le laisser à agoniser à moitié brûlé. Il est beau l'héritage intellectuel laissé aux générations futures.

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