Anomalie Anonyme Anomique Anamorphose d'un amour analytique

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02:26 07/26/05

Une histoire de journaux ·

Je vous raconte rapidement l'histoire de La confession impudique (1956) de Junichirô Tanizaki, cela vous rappellera sans doute quelques choses.

Ce (court) roman prend la forme de deux journaux intimes. Celui d'un prof approchant de la soixantaine et de sa femme plus jeune qui écrivent sans le dire. Tanizaki y conte, avec une étrange réalité actuelle, le croisement littéraire de deux individus qui se désirent dans une tectonique de la jouissance assez complexe. Tout au long du roman où la femme et l'homme racontent tour à tour leur quotidien, on ne sait pas très bien qui lit quoi et qui sait quoi. Les deux personnages feignent tous les deux l'ignorance quant à la lecture de leurs journaux respectifs et laisse dans le domaine de l'incertain la possibilité d'une communication à travers l'écriture d'un intime indicible ; bien que de légères traces apparaissent à la fois dans la narration et dans la réalité de la fiction.

L'intérêt justement de cette forme de dialogue et de mise en scène d'une relation conjugale est la transgression de l'intime. Le lecteur est le seul dont on sait avoir connaissance des deux journaux et pourrait aussi bien être l'un des deux protagonistes lisant le journal de l'autre. La femme écrit en réponse au mari qui décide d'engager son intimité dans une écriture dont elles étaient toutes les deux absentes. Cette écriture des corps entraînent alors la femme dans un espace de non-dit ou plutôt de non-dit oral. Elle décide alors de s'engager dans cette lutte pour le plaisir qui se manifeste justement dans le secret, dans le fragment mystérieux qui échappe à la parole impossible à formuler mais manifeste.

C'est ce constant et progressif dépassement du corps de l'autre (le mari à travers l'ivresse de la femme et la femme à travers l'incapacité du mari à dépasser le fantasme d'un amant) dont chacun jouissent tour à tour qui est au cœur de cet impudique mais ironique configuration des êtres. Cette agression et irruption dans le secret du partenaire se fait sans violence et dans toute la perversion par la médiation d'une sublimation dans le silence. Les deux personnages principaux ne font face à rien d'autre que la brutale psychologie de leurs plaisirs et de la rigueur sociologique de leur espace clos.

La force de cet ouvrage est peut être justement de nous faire oublier que l'on est entrain de lire deux journaux. La seule forme ou structure qui laisse croire cela est l'utilisation des dates. L'identité des premières personnes alternées ne se révèlent que par le jeu de l'évocation d'autrui et donc de l'intimité des relations sociales. Sous les mensonges et les faux-semblants, nous sommes entraîner dans le même jeu pervers que se livre Iku et son mari. Tanizaki laisse également le doute sur ce collage (rétrospectivement opéré par la subjectivité de la femme ?) pour mieux forcer le point de vue et oublier les éléments de décors dont les personnages annexes comme Toshi et Imura alors que le personnage central de ces quelques pages fulgurantes est l'avidité du désir humain dépassant ses propres contenants jusqu'à la destruction. On est prévenu dès la quatrième de couverture (et dans la préface), l'un des deux meurt mais l'autre ne disparaît-il pas aussi avec la disparition de la confrontation ?

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