Complaisance ·
Pour un peu, elle le plaindrait mais elle a subitement perdu le goût de se livrer à ce genre d'exercice. En fait, elle considère même sottement que, si quelqu'un est à plaindre dans cette affaire, c'est plutôt elle mais elle est toute disposée à ce qu'on lui démondre qu'elle se trompe. Pourtant elle ne dira rien : Norman, boursouflé d'égoïsme ne l'entendrait pas. Elle ne dira rien parce qu'elle s'est tue, une première fois, il y a cinq and, et que, lorsqu'on s'est tu, une fois, on se tait pour toujours, même si on assure, la main sur le coeur, qu'on parlera la prochaine fois. On se tait parce qu'on ne sait pas faire autrement, parce qu'on est fabriquée comme ça, parce que c'est une fatalité à laquelle on n'échappe pas. On se tait parce qu'on a pas le courage de recoller les morceaux brisés, parce qu'on admet qu'on a perdu et que toute reconquête ne serait que provisoire et illusoire. On se tait parce que les larmes, ça coule sacrément mieux dans le silence.
P. Besson, L'arrière-saison
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