Jeu ·
Je dis plus souvent "je pense" ou "je crois" que "je dis". Ce qui est assez fidèle à la réalité en quelques sortes même si je pense plus rarement que je ne le dis.
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Explication : Pouvoir être (a1)/Je (a2)/Temps (a3). La seule manière de cloturer et de boucler définitivement ces figures est d'y mettre une fin. Il y aura sans doute des mécompréhensions de cette exploration alphabétique pour toutes les personnes, qui ne sont pas de la conversation des voix depuis le début de cette aventure sans matière. Quelques ajouts et corrections mais seulement à but correctif. Vive le mélange et la forme. Bienvenue en réelle anomalie anonyme anomique.
Je dis plus souvent "je pense" ou "je crois" que "je dis". Ce qui est assez fidèle à la réalité en quelques sortes même si je pense plus rarement que je ne le dis.
... sac d'une certaine marque que les jeunes aiment bien
Bon je profite de cette fenêtre sur la réalité pour raconter, pour une fois, ma fabuleuse vie matérielle. Alors ce matin entre deux trajets entre les deux batiments de mon lieu de stage, je me suis dit que c'était le moment où jamais de succomber à la tradition millénaire vieille de quatre ans : un nouveau sac pour une nouvelle année (possibilité d'amendement pour les occasions spéciales : soutenance etc). D'où l'image ci-dessus parce que j'avais pas de sac d'une certaine marque que les jeunes aiment bien. On se moquera bien d'eux parce qu'ils trouvent rien de mieux que de recopier des paroles de chansons et dessiner des cranes à l'effaceur sur leur cartable. Il n'empêche que maintenant même les symboles de protestation sont vendus directement avec le "produit". Alors soit, c'est brodé de série soit un groupe d'activistes personnalise tous les sacs d'une certaine marque dans le quartier. Mieux que les plats surgelés avec la nana qui s'est fait enfermé dans une cave chinoise avant de savoir faire du riz cantonnais.
De toutes façons mon banquier me faisait déjà assez la gueule comme ça bien que je ne doute pas du potentiel vintage-rebel de l'objet en question.
Je sais pas si c'est la prochaine génération sera encore du genre à avoir des épingles à nourrice piquées à maman accrochés un peu n'importe où.
Le sens commun a-t-il un sens ? C'est l'une des questions que je me pose assez régulièrement et dont je n'arrive pas à trouver de solutions dans l'observation des pratiques quotidiennes d'autrui comme dirait nos amis les ethnométhodologues. A force de lire un tas de bouquins plus inutiles à la vie de tous les jours, je commence même à croire qu'ils comment à me la pourrir. Des mots comme "rationalité", "paradigme", "public", "culture", "corrélation", "individualisme", "idéologie", "religion", "cause", "explication", "compréhension", "social", "méthodologie" sont typiquement ces stimulus qui déclenchent, comme un tic nerveux, l'ouverture soudaine et brutale d'un tas de petites cases contenant des idées qui sont entre la gestation et la digestion dans mon petit esprit qui a bien du mal à retenir tout cela. Une fois que tout le contenu de ces petits tiroirs étalés par terre, je n'ai plus le choix, il faut tout ranger en rouspétant un peu mais pas plus parce que c'est bien là la preuve que la théorie de la communication d'Habbermas (selon laquelle, grossièrement, il est possible à tout le monde d'avoir un point de vue scientifique sur le monde par la simple communication – le problème dans cette idée est la négation du processus d'autorité et que l'autorité peut se tromper) est bancale, ce qui me fait bien rire, donc inhibe mes interrogations et m'évite de passer pour une espèce de détraqué du bulbe et acharné du dico (alors que techniquement, les définitions des dictionnaires sont souvent obscures, superficielles et trop légères pour comprendre le sens des mots "complexes"). Etant donné que je ne suis pas le seul à souffrir de cette confrontation entre usage usuel et usage intellectuel des mots, je me demandais seulement si ce n'était pas une sorte de névrose collective de la part des scientifiques. Je pense qu'on ne peut pas en vouloir aux Gens, parce qu'on toujours le Gens de quelqu'un d'autre et qu'inconsciemment, ce qui est tout à fait normal, et quotidiennement on fait des choses (comme utiliser un mot) sans avoir pourquoi.
Mince, j'ai envie de faire la sociolinguistique. Là, maintenant, tout de suite.
J'entends la voix diluée des anges sans âmes qui se dandinent platement pour les excuses de l'électronicité. La désaffection de mon affection m'inflige l'infection de ma figuration. Moi aussi, je souffle comme je peux à la recherche de l'étrange mémoire des notes.
J'irai aboyer sur vos cendres.
C'est ainsi qu'Edouard devint instituteur dans une petite ville de Bohême. Il n'en était ni malheureux ni heureux. Il s'efforçait toujours de faire la distinction entre le sérieux et le non-sérieux, et rangeait sa carrière d'instituteur dans la catégorie du non-sérieux. Non que la profession d'enseignant, en elle-même, fût dépourvue d'importance (d'ailleurs il y tenait beaucoup, car il n'aurait pu gagner sa vie par d'autres moyens), mais il la jugeait futile par rapport à l'essence de soi-même. Il ne l'avait pas choisie. Elle lui avait été imposée par la demande sociale, les appréciations de la section des cadres, les attestations du lycée, les résultats du concours d'entrée. Il avait été, par l'action conjuguée de ces forces, lâché (comme une grue lâche un sac sur un camion) du lycée à la faculté. Il s'y était inscrit à contrecœur (l'échec de son frère était de mauvais augure), mais il avait fini par se résigner. Il comprenait cependant que son métier ferait partie des hasards de sa vie. Qu'il lui collerait à la peau comme une moustache postiche qui prête à rire.
Mais si une chose obligatoire est une chose non-sérieuse (qui prête à rire) le sérieux est sans doute ce qui est facultatif : à sa nouvelle résidence Edouard rencontra bientôt une jeune fille qu'il trouvait belle, et il commença à se consacrer à elle avec un sérieux presque sincère. Elle s'appelait Alice et, comme il put s'en convaincre à sa grande tristesse dès leurs premiers rendez-vous, elle était réservée et vertueuse.
Il fit plusieurs tentatives, lors de leurs promenades vespérales, pour lui enlacer les épaules de manières à effleurer par-derrière le bord de son sein droit, et, à chaque fois, elle saisit sa main et la repoussa. Un soir qu'il répétait une fois de plus cette tentative et qu'elle venait (une fois de plus) de repousser sa main, elle fit hate et dit : « Est-ce que tu crois en Dieu ? »
Les oreilles délicates d'Edouard perçurent dans cette question une discrète insistance, et il oublia aussitôt le sein.
Milan Kundera, Risibles amours
Je voulais te voir ce matin avant que les autres ne me voient et pour que tu me voies sans que les autres ne m'aient vu. Nous aurions ainsi pu garder le secret de nos croisements matinaux et le mystère de mes présences incongrues et souvent trop en avance n'auraient toujours pas trouvé explication. J'avais préparé bien précieusement mes affaires de l'après-midi dans la forteresse de ces objets qui te repoussent tant et tellement je te trahis en imaginant les courbes d'une fiction qui n'est pas la tienne. Jusqu'au moment où me rendant décompte que la pièce étant finie, je n'ai qu'à raté notre allez-vous.
Je voue une certaine haine sympathique au système bureaucratique. Mais comme j'aime bien la musique classique, je ne dirais rien sur la fabuleuse stupidité que peuvent développer la coalition des petits actes malheureux d'une journée qui ne l'était pas tant que cela.
Je plane. Il paraît que. Personnellement, j'aime (bien) même si je pense n'avoir pas encore levé le pied non pas par manque d'audace mais simplement parce que la simple idée du frottement d'un pas me plonge dans une effroyable agonie sonore. Entre nous, c'est définitivement, non. Sans redéfinition possible. En ce moment, les mêmes pistes en boucle. J'avais promis à quelqu'un une compilation mais il faudra attendre un peu la fin de ce besoin de silence. Les disques rayés procurent ce petit bonheur pervers du retour incessant de la première minute. La répétition forcée, sans médiation, sans raison, seulement par la force des choses conduit à cet état d'annulation totale de la parole et du bruit, l'instant n'est alors qu'un bourdonnement sourd, une pure vacuité du sens. La seule solution est de se taire. Pour cette conviction, je préférerais toujours les doctrines qui place le silence comme fin des litanies à celle qui veulent éteindre tous les feux par la verbosité des incantations.
Si quelqu'un a une bonne méthode de guitare-basse à me conseiller, c'est le bon moment, ce par quoi j'aurai du commencer il y a quatre ans.
les yeux puisque je préfère la vie surprenante.
Quelque part est partout.
Dire que Sarrasine est « tour à tour agissant et passif », c'est engager à repérer dans son caractère quelque chose « qui ne prend pas », c'est engager à nommer ce quelque chose. Ainsi commence un procès de nomination, qui est l'activité même du lecteur : lire, c'est lutter pour nommer, c'est faire subir aux phrases du texte une transformation sémantique.
Roland Barthes, S/Z
J'ai croisé une fille qui avait un livre des éditions Rivages dans la poche droite de son pantalon un peu trop large. Je n'ai pas très bien vu son visage mais elle avait cette expression sans âge. J'ai croisé un garçon qui ne vivait plus que par le chiffre des maudits et à la voie un peu ringarde. Par mégarde, nous nous mettons en garde.
Dans ce croisement de regards sans égards, je ne trouve pas de parade et ne sais toujours pas quel genre ou quel style pour éviter le hasard.
Rationellement, j'ai toujours pris la décision de préférer faire des études qui me plaisent tout en sachant que les chances de trouver un métier correspondant à mon domaine soit extrêment faible et le salaire encore moins assuré plutôt que de jouer à celui qui ira le plus loin en espérant trouver un boulot pépère, façon bureaucratie, avec obligation de partir à 17h30 et plan de carrière limité. Le but n'étant alors plus de finir l'année et de n'avoir retenu que ce que l'on voulait bien nous agiter devant le nez mais d'avoir appris le plus de choses. Du coup, j'ai un peu de mal à comprendre les gens qui ne sont là que pour incrémenter leur nombre d'années post-bac et qui étonnament sont dans le même genre de formation que moi et ce qui m'évite également un tas de question existentielle sur l'éventualité peut-être on-sait-jamais de trouver du travail alors que de leur côté, les autres ont d'autant plus de mal à comprendre que l'on puisse aimer ce qui nous pousse à nous lever tous les matins et à rester enfermer dans une cabane perchée sur un tas de briques. Etrangement, je ne me sens pas dans le camp de la médiocrité pour le coup.