La neutralité pragmatique des nouvelles technologies de l’information et de la communication

13.10.09

Il n’y a pas encore si longtemps que ça, seulement 5 ans, je soutenais l’idée que le blog en tant qu’objet était neutre sociologiquement et sémiologiquement. Il ne décrit ni société, ni signification particulière. Il les permet toutes. La constitution d’un groupement social utilisant les blogs pour partager des recettes de cuisine n’est un paradoxe que pour ceux qui prêtait une intention à un objet. D’où une guerre de tranchées contre le communautarisme et l’usage répété du terme « blogosphère » ; ce qui parallèlement n’empêche pas de soutenir et de participer à l’amélioration de ce genre d’outils en contribuant et en aidant les artisans de cette disponibilité. Aujourd’hui, je crois encore que ce terme ne fonctionnera jamais comme incantation d’une classe sociale, particularisme parisien mis à part où des marionnetistes avisés rencontrent une offre de personnalités en papier pré-maché. La même analyse peut être conduite à propos de twitter. Notre petit présent ne se privera pas non plus d’ajouter d’autres modulations à la liste des nouveaux outils institués tels des sceptres. Pour l’instant, il s’agit seulement de l’ajout progressif de toutes les notions de paratextualité, contextualité, hypertextualité, infratextualité, etc au texte numérique et son affranchissement de la matière.

Fixons l’idée une bonne fois pour toute. Les outils de publication, électroniques ou non, sont neutres dans leur usage car tout leur est permis [Neutralité pragmatique]. Ce n’est pas parce qu’ils seront finalement utilisés à fins quelconques, banales, nombrilistes ou qu’ils ont peu été utilisé proportionnellement pour autre chose (l’échange, la révolution, la prise de parole plutôt que l’idiote mobilisation en faveur d’un discours légitimiste, etc) qu’ils n’en seront jamais les supports. Le corrollaire est donc qu’il n’y a aucune impossibilité pragmatique. Par exemple, tout jugement sur les blogs (leur mort comme leur avènement, leur futilité comme la preuve d’un pouvoir) n’est qu’un abandon réactionnaire du débat sur ce qu’il est possible d’en faire au détriment de ce que l’air du temps en a fait ; c’est ainsi se priver de la reconnaissance tacite que ce sont les acteurs qui les manipulent qui détiennent un degré de responsabilité et qui sont ainsi sociologiquement parlant.

Dans l’architecture de l’information, le seul rôle de cette catégorie d’outils est d’épargner aucune possibilité d’usage soit actuellement soit par extension future en fonction des besoins.

Le contexte prime sur la possibilité technique, non l’inverse. Le champ d’action repose bien plus sur la capacité de mobilisation sociale que la disponibilité technique. Nous sommes justement dans la culture où l’individu peut toujours s’engager à faire coïncider à moindre coup la technique et ses intentions modulo la question primordiale de l’affection de ressources pendant un temps donné (« se donner du temps »). L’usage n’est ainsi que le signe secondaire, non pas de la nature de l’outils technologique, mais de la culture qui les prends en main. Agir politiquement, c’est influencer sur la culture et sa mise en action dans les usages plutôt que de chercher à posséder ou maîtriser des outils.

Refuser ou abandonner un mode de parole au nom de la mode, au nom du manque de distinction, au nom du côté mainstream n’est que le désaveu de l’esprit de libération et de critique ainsi qu’assumer un manque de talent flagrant autre que celui de faire partie de la masse mais de le faire bien en tant que « premier ».

Peut-on prétendre, autrement que d’un air stupide, que l’information en 140 caractères basés sur des faits à plus de force que l’argumentation ? Ce qui se trame ce n’est ni une question de rapidité ni la défense de l’empirisme, les faits surprenant l’analyse, mais bien plus la mise en valeur de la facilité de moins penser. Contentons nous des faits, divers si possible.

La parole publique en tant que mode de représentation issu d’une idéologie particulière à travers l’écriture de la modernité et de ses révolutions a également montré comment les origines sociales d’une pratique peut s’écarter des intentions des acteurs de ceux qui ont forgé la possibilité de cette pratique.

Tout cela a beau rester de la tautologie, il reste également perturbant de constater à quel point la confusion peut revenir régulièrement ie à chaque fois que l’on entend parler de blogs, de twitter etc comme des choses et non comme des fragments de personnes.

Nouvelles revues, nouveau format

26.01.08

Si dans la presse et autres médias, on parle beaucoup de la sortie de XXI, les éditions autrement lancent également à leur manière un nouveau magazine/revue dans le même format, même tarif, même régularité : un gros cahier A4 avec bcp de pages, 15 €, tous les trois mois.

XXI - Vingt et un

C’est un peu le phénomène éditorial du moment. L’objet est la somme de paris audacieux : format A4, trimestriel, épaisseur, graphisme, modèle économique, thématiques.

J’aime spécialement la prise à contre-pied de l’actualisme étriqué des médias contemporains. Les dossiers flashbacks font le retour d’évènements ayant eu lieu en 2002 (L’affaire Plame) et 1998 (L’affaire Erignac qui ne fait évoqué son extension Yvan Colonna) mais surtout la présence forte de documents sur Anna Politkovskaïa. Cette prise de pouvoir par le refus de voir le présent comme l’étroitesse de l’immédiat est très fort. Sans rentrer dans une logique de retour nostalgique ou de réchauffage des sentiments, la valeur de ce dossier est capital pour la mémoire et l’histoire contemporaine du rapport entre le pouvoir en Russie et sa contestation. On y gagne en lisibilité et l’information n’est plus qu’un contenu evanescent sur un monde extérieur presque à la frontière d’un imaginaire collectif construit par le bruit quotidien mais devient l’illustration d’une réalité brutale à nos portes qui n’attend personne pour échapper au temps et construire l’Histoire.

Petite parentèse : je ne sais pas si c’est mon exemplaire uniquement qui souffre d’un problème mais j’ai l’impression que la couverture est monté à l’envers par rapport au reste.

Désirer le montre autrement

Plus discret le lancement de Désirer le monde autrement n’en est pas moins important dans le vie éditoriale des éditions Autrement. Peut être moins aventureux ou bagarreur que XXI, le premier numéro de ce “mook”, mélange entre “magazine” et “book”, prend le soin de donner une autre vision du monde. Les articles sont pratiquement tous des portraits de personnes peu connues mais qui offrent un regard fort et souvent poétique sur le monde. L’article consacré à Ferran Adrià est par exemple à lire pour comprendre à quel point la cuisine peut se rapprocher d’une posture de designer.

Le format

Trois choses m’ont marqué dans ces deux numéros :

  • L’absence de publicité.
  • L’accent sur l’iconographie : photographies et illustrations de qualité.
  • Le confort des articles : longueur, profondeur, temps de réflexion.

Il serait assez injuste de traiter cette double nouveauté sur le thème de l’effet de mode. Il faudrait au contraire espérer que ces deux initiatives perdurent tant le paysage de la presse écrite souffre d’avoir à concurrencer la médiation via internet. Contre la course à l’actualité, à l’article de plus en plus court, il est très bon de pouvoir retrouver des articles de fond qui prennent le temps d’expliciter, de déployer les mots, les récits et les argumentations nécessaires. Sans (encore) tomber dans les travers des revues d’art ou les revues “universitaires”, il y a vraiment là de quoi renouveller le paysage de la lecture d’actualité.

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