Two cultures – Seed

11.09.09

Seed a publié récemment une série d’interviews assez intéressantes sur le paradigme des deux cultures et dont la sociologie s’est, il n’y pas si longtemps, rêvée être une troisième voie médiane. Ca mérite le détour pour s’initier un peu aux discours actuels sur cet autre débat de l’épistémologie sociale des sciences humaines.

En parlant de “Culture”, à force de lire Sloterdijk, je crois que j’ai fini par inconsciemment intérioriser que le sens de ce mot, une fois débarassé de sa perspective moderniste et progressiste, n’était au final qu’un autre signifiant pour énoncer le principe de dressage globalisé de l’humain par l’humain. C’est n’est qu’en retournant dernièrement sur UBU WEB pour écouter les conférences de Barthes sur le vivre ensemble et le désir de neutre que je redécouvre la propre perspective de la tradition de pensée que je peux véhiculer à travers mon discours quotidien sans m’en rendre compte ; les engagements et les paradigmes mobilisés afin mieux construire une indiscipline sont formulés avec un tel sens de la sobriété, de la simplicité et de la clareté dans ces conférences qu’ils me réduisent au silence, non pas par fatigue (un des thèmes du second cycle) mais parce qu’ils ont le don de tranquiliser en faisant croire que tout n’a pas seulement été dit, mais que cela a été bien dit. A quoi bon alors autre chose que l’incorporation/incarnation ? Cela ne fait que renforcer cette impression que le langage s’impose à la pensée et je n’arrive toujours pas à me défaire de ce sentiment de méfiance qui s’avance alors. La plupart des scientifiques qui se positionnent en utilisant ce genre de mot comme d’un simple symbole ne demandant aucun sacrifice de principes me laissent complètement indifférents. On sait tous vers quel genre de débat stérile d’épistémologie naïve la discussion va tendre.

Sur la traduction

02.09.09

L’été a été assez propice à quelques travaux et réflexions sur les langues et la traduction. Voici quelques notes pêle-mêle.

  • Le texte qui sera à présent ma référence sur le rôle et les enjeux de la traduction et de la retraduction sont les quelques lignes rapides mais très efficaces dans leur finesse de B. Lortholarty introduisant sa propre fonction dans la version francophone de Le Procès de Kafka.
  • J’essaie de comprendre et de trouver des sources sur le comment du pourquoi le tome 2 de la trilogie Sphères de Peter Sloterdijk n’a pas été publiée alors que le 1 et 3 oui. Du coup, j’hésite à me remettre à l’allemand. Ou lire le 3 sans attendre. Cette langue est toujours aussi fascinante, je ne pense que cela soit du temps perdu ou du snobisme d’y consacrer du temps.
  • Peut être sans hasard, j’ai aussi commencé à relire le Jargon d’Adorno. C’était pas très malin de l’avoir fait avant d’avoir lu LTI et Heidegger. Cela dit, Adorno adopte lui aussi une position partisane sur la valeur de sa langue, l’Allemand, comme langue d’expression de la philosophie.
  • Je suis également assez admiratif devant l’intrusion d’Aldous Huxley dans sa traduction française et le procédé génial qu’il met en place pour ne rester résigner et pour aider le lecteur à mieux saisir “l’harmonique” de son texte.

Tout livre est le produit d’une collaboration entre l’écrivain et ses lecteurs. Se fiant à cette collaboration, l’écrivain suppose l’existence, dans l’esprit de ses lecteurs, d’une certaine somme de connaissances, d’une familiarité avec certains livres, de certaines habitudes de pensée, de sentiment et de langage. Sans les connaissances nécessaires, le lecteur se trouvera inapte à comprendre le sujet du livre (c’est le cas ordinaire chez les enfants). Sans les habitudes appropriées de langage et de pensée, sans la familiarité nécessaire avec une littérature classique, le lecteur ne percevra pas ce que j’appellerai les harmoniques de l’écriture. Car, ainsi qu’un son musical évoque tout un nuage d’harmoniques, de même la phrase littéraire s’avance au milieu de ses associations. Mais tandis que les harmoniques d’un son musical se produisent automatiquement et peuvent être entendus de tous, le halo d’assciations autour d’une phrase littéraire se forme selon la volonté de l’auteur et ne se laisse percevoir que par les lecteurs qui ont une culture appropriée.

Dans une traduction les tons seulement sont entendus, et non leurs harmoniques – non pas, en tout cas, les harmoniques de l’original ; car il va sans dire qu’un bon traducteur essaiera toujours de rendre cet original en des mots qui ont, pour le nouveau lecteur, des harmoniques équivalents.

Il y a pourtant certaines choses qu’aucun traducteur ne peut rendre, pour la bonne raison qu’il n’existe, entre lui et l’auteur de l’original d’un côté et les nouveaux lecteurs de l’autre, aucune base de collaboration. Certains passages de ce volume appartiennent à la catégorie des choses intraduisibles. Ils ne sont pleinement significatifs qu’à des lecteurs anglais ayant une longue familiarité avec les pièces de Shakespeare et qui sentent toute la force du contraste entre le langage de la poésie shakespearienne et celui de la prose anglaise moderne. Partout où ces passages se trouvent j’ai ajouté le texte de Shakespeare dans une note au bas de la page. Des notes dans un roman – pédantisme insupportable! Mais je ne vois pas d’autre manière d’appeler l’attention du lecteur français sur ce qui était, en anglais, un moyen littéraire puissant pour souligner le contraste entre les habitudes traditionnelles de penser et de sentir et celles de ce « monde possible » que j’ai voulu décrire.

Préface à l’édition française, Le meilleur des mondes, Aldous Huxley

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