"You must be the change you want to see in the world." (Mahatma Gandhi)

Synchronisation

Quelques semaines ont passé depuis que je suis sorti de la charrette infernale d’un article scientifique que je n’arrivais pas à ré-écrire. Rien de mieux que l’urgence et un peu de témérité pour en venir à bout. Pareil pour pas mal d’autres trucs. Maintenant que j’ai récupéré en ingurgitant quelques romans (finir la croisée des mondes et commencer Asimov), je suis de nouveau paré au combat. Des promesses, des promesses, les jours de calme pour cause de baisse collective générale de tension à base de foie gras et célébrations calendaires (ok tout le monde connait mon avis sur la question) seront consacrés à ce que ce blog possède enfin une tête plus personnelle et moins irritante pour les yeux dès que je recopie un bout de bouquin.

En attendant, le pre-print et l’article publié, une petite mise en bouche. C’était un article sur une introduction de paramètres socio-politiques dans une simulation de société artificielle permettant l’observation du rapport entre systèmes internes lexicaux et effets globaux. Plus particulièrement, il s’agit avant tout de montrer comment on peut paramétrer l’équilibre désordre/ordre dans un système sociale par la reproduction d’un modèle réaliste de communication dont le support est le déploiement de deux motifs d’interaction sociale ; oui parce que c’est pas pour rien que ça se passe dans une revue de sciences de la communication. Il y avait un peu de maths mais pas trop. Les probabilités associées sont pas spécialement palpitantes du coup je compte bien sur le travail futur sur la visualisation pour apporter un peu d’eau à mon moulin sur les structures sociales. Je me dis aussi que la mesure de l’alignement lexical (l’homogénéité émergent par l’interactivité) ressemble pas mal à de la synchronisation. Le problème c’est que j’ai déjà essayé un petit été à comprendre les équations de la théorie de la synchronisation mais rien n’y a fait (et le sentiment d’incompréhension avait l’air assez collectif (chez les sociologues en fait)). Si quelqu’un comprend quelque chose à ce livre, j’ai des données à faire analyser (;

Pendant qu’on y est, une petite vidéo made in TED.COM. Ca n’explique pas grand chose mais ça illustre bien le phénomène en question. Simplicité, complexité, vous allez commencer à connaître la chanson.

Voilà avec ça, je dois être à peu près synchro entre ce que j’aurais pu dire et ce que je pourrais dire.

Science Commons in 2 minutes

Lors de ma première année de doctorat, je me souviens encore de mon étonnement lorsqu’il s’est avéré que même chez les scientifiques un peu dures (des matheux et des informaticiens) le partage des connaissances y était loin d’être aussi spontané que pouvait le laisser penser le sens commun. Même si les justifications sur les stratégies de publication sont tout à faire recevable, je reste un fervent défenseur des sciences commons

Du coup, c’est le moment ou jamais de partager cette petite vidéo qui tente d’expliquer en deux minutes l’équivalent opensource du travail scientifique :

Pour les plus sceptiques qui rétorqueront que ça fait d’autant plus de données, qu’on a déjà assez de mal comme ça à être à peu prêt à jour dans la littérature, je vous partage cette petite citation trouvé hier soir :

Simplicity can also be understood as condensed information instead of filtered information. It makes complexity understandable instead of eliminating it.

Oscar Wilde

C’est étrange non cette convergence entre recherche de simplicité et compréhension de la complexité ? Je vous laisser deviner pourquoi ça fait au moins un an la visualisation de données et du design d’information me semblent être la passerelle inévitable entre sciences et design.

J’ai appelé mon sujet “théorie de la conception” et mon programme “cours de conception”. J’ai insisté sur son rôle — à côté de celui de l’enseignement des sciences naturelles — dans le programme d’ensemble des écoles d’ingénieurs et, plus généralement, dans la formation de tout profesionnel dont la tâche est de résoudre des problèmes, de choisir, de synthétiser, de décider.

Mais la théorie de la conception peut également être considérée d’une autre façon, en relation avec d’autres connaissances.

(…)

Nombre d’entre nous ont été désolés de voir ce découpage de notre société en deux cultures : les sciences d’une part, les humanités de l’autre. Nous pensons d’aileurs qu’il n’y a non pas deux mais plusieurs cultures. Si nous regrettons ce découpage, nous nous devons de chercher le noyau commun de connaissances qui peut être partagé par les membres de toutes les cultures — un noyau qui ne comprennent pas seulement des matières telles que le temps, les sports, l’automobile, les soins aux enfants et, peut-être, la politique. C’est une compréhension commune de nos relations avec les environnements internes et externes définissant l’espace dans lequel nous vivons et nous choisissons qui peut constituer fût-ce particulièrement, ce noyau essentiel.

Cette déclaration peut sembler extravaguante. Le domaine de la musique peut éclairer mon intention : la musique est l’une des plus anciennes des sciences de l’artificiel ; les Grecs la tenaient pour telle. Tout ce que j’ai dit de l’artificiel s’applique aussi bien à la musique, à sa composition, à son plaisir aussi, qu’aux sujets d’ingénierie que j’ai utilisés pour la plupart de mes illustrations.

La musique demande une structure formelle. Elle a peu de contacts avec l’environnement interne bien qu’ils soient importants. Elle est capable de provoquer de fortes émotions, ses structures sont détectables par des auditeurs humains et certaines de ses relations harmoniques sont susceptiles d’interprétations physiques et physiologiques (leur analyse esthétique est d’ailleurs discutable). Avec son environnement externe, en revanche, lorsque nous considérons la composition comme un problème de conception, nous rencontrons exactement les mêmes activités de représentation, d’évaluation et de recherche d’alternatives que dans n’importe quel autre problème de conception. Nous pouvons même, si nous le voulons, appliquer à la musique certaines des techniques de conception automatisée par ordinateur que nous utilisons dans d’autres domaines de la conception. Si la musique composée par ordinateur n’a pas encore atteint des niveaux remarquables dans l’ordre de l’excellence esthétique, il n’en demeure pas moins qu’elle mérite — et qu’elle a déjà reçu — une attention sérieuse de la part des compositeurs et des analystes professionnels : ils ne la trouvent pas écrite dans une langue qui leur soit étrangère.

Il y a sans doute des ingénieurs sourds, comme il y a des compositeurs ignares en mathématiques. Mais, qu’ils soient ou non sourds ou ignorants, il est peu d’ingénieurs et de compositeurs qui puissent poursuivre une conversation mutuellement enrichissante sur leurs activités professionnelles. Je cherche précisément à suggérer qu’ils peuvent poursuivre une telle conversation en s’entretenant de la conception, qu’ils peuvent commencer à percevoir la commune activité de création dans laquelle ils sont les uns et les autres engagés, qu’ils peuvent commencer à partager leurs expériences dans les processus de conception créative qu’ils mettent en oeuvre dans leurs activités professionnelles.

Ceux d’entre nous qui ont vécu à proximité du développement des ordinateurs depuis leur naissance puis leur enfance sont venus d’horizons professionnels très divers, y compris de la musique. Nous avons été sensibles à la croissance très variées, qui se développent autour de l’ordinateur. Nous l’avons accueilli volontiers parce qu’il nous exposait à un nouvel univers de connaissance — parce qu’il nous aidait à résister à l’isolement de nos cultures multiples. Cette remise en question de vieilles frontières provoquées notamment par les ordinateurs et les sciences de l’information a souvent été soulignée et commentée.

Mais ce n’est pas l’ordinateur en tant que tel, élément de hardware ni même élément de software, qui explique ce fait. J’ai déjà suggéré une autre interprétation : cette aptitude à communiquer d’une discipline à l’autre — dans un terrain commun — tient au fait que tous ceux qui utilisent les ordinateurs de façon complexe les utilisent pour concevoir, ou pour participer à un processus de conception. De ce fait, en tant que concepteurs, ou que concepteurs de processus de conception, nous devons être explicites, comme jamais nous n’avons eu à l’être auparavant, sur tout ce qui est enjeu dans la création d’une conception et dans la mise en oeuvre même des processus de création.

Les véritables matières d’un nouveau libre-échange entre les nombreuses cultures sont celles de nos propres processus de pensée, de nos processus de jugement, de décision, de choix, de création. Nous importons et nous exportons d’une discipline intellectuelle à l’autre, des idées sur la façon dont un système de traitement séquentiel de l’information tel que l’être humain — ou un ordinateur, ou un complexe de coopération organisée d’hommes, de femmes et d’ordinateurs — résout des problèmes et atteint des buts dans des environnements externes de grande complexité.

On a dit que le véritable sujet d’étude de l’humanité était l’homme lui-même. Je prétends ici que les êtres humains — au moins dans leurs composantes intellectuelles — peuvent être considérés comme relativement simples, et que, pour l’essentiel, la complexité de leur comportement résulte de leur environnement, de leur recherche de bonnes conceptions. Si je vous ai convaincu, nous pourrons conclure que, pour une large part, la véritable de l’humanité est la science de la conception, considérée non seulement comme la partie professionnelle de l’enseignement des techniques, mais surtout comme un noyau essentiel de la culture de l’”honnête home”.

Herbert Simon, les sciences de l’artificiel (1969), p. 242-246

Herbert Simon, les sciences de l’artificiel #1

Historiquement et traditionnellement la mission des disciplines scientifiques a été d’enseigner les connaissances relatives aux phénomènes naturels ; comment sont-ils constitués et comment fonctionnent-ils ? Et la mission des écoles d’ingénieurs a été d’enseigner les systèmes artificiels : comment fabriquer des artefacts ayant les propriétés souhaitées et comment les concevoir ?

Les ingénieurs ne sont pas les seuls concepteurs professionnels. Quiconque imagine quelque disposition visant à changer une situation existante en une situation préférée est concepteur. L’activité intellectuelle qui produit les artefacts matériels n’est pas fondamentalement différente de celle par laqelle on prescrit un remède à un malade ou par laquelle on imagine un nouveau plan de vente pour une société, voire même une politique sociale pour un Etat. La conception ainsi conçue, est au coeur de toute formation professionnelle. C’est elle qui fait la différence entre sciences et professions. Les écoles d’ingénieurs, comme les écoles d’architecture, de droit, de gestion, de médecine, les écoles normales d’enseignement, toutes sont concernées, au premier chef, par le processus de la conception.

Par un paradoxe ironique, alors que s’affirme le rôle décisif de la conception dans toute activité professionnelle, les sciences naturelles au XXème siècle, surtout dans les deux ou trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, ont presque complètement éliminé les sciences de l’artificiel du programme des écoles formants des professionnels. Les écoles d’ingénieurs sont devenues des écoles de physique et de mathématiques ; les écoles de médecines sont devenues des écoles de sciences biologiques ; les écoles de gestion des entreprises sont devenues des écoles de mathématiques finies.

Ce mouvement vers les sciences naturelles s’éloignant des sciences de l’artificiel, s’est effectué plus avant et plus rapidement en ingéniérie, en gestion et en médecine que dans les autres domaines professionnels que j’ai mentionnés, bien qu’il n’ait pas été absent des écoles de droit ou de journalisme, ni même des écoles de documentalistes. Les universités les plus réputées ont été plus affectées que les autres par ce phénomène, et les programmes de niveau “troisième cycle” plus que ceux des premiers cycles. Aujourd’hui encore, rares sont les thèses de doctorat rédigées dans les facultés de bonne réputation qui traitent de véritables problèmes de conception, alors que celle concernant la physique des états solides ou les processus stochastiques sont légion (…).

Un phénomène aussi universel doit avoir une explication générale. Elle est des plus évidentes. Au fur et à mesure que les écoles professionnelles, y compris les écoles d’ingénieurs indépendantes, se fondent sur une culture générale universitaire, elles aspirent à une respectabilité académique. Et les normes académiques de respectabilité qui prévalent aujourd’hui recquièrent des sujets dont la matière soit intellectuellement difficile, analytique, formalisable … et enseignable ! Une large part, sinon la totalité, de ce que nous connaissions hier sur la conception et sur les sciences de l’artificiel était intellectuellement facile, intuitif, informel, du type de la recette de cuisine. Qui dans une université, aurait voulu s’abaisser à enseigner ou à apprendre la conception des machines ou la planification d’une stratégie commerciale alors qu’il pouvait se passioner pour la physique des états solides ? La réponse est trop claire : personne !

Herbert Simon, Les sciences de l’artificiel, p. 201-204

Article sur la co-opétitivité et sa modélisation

Big up à Yihong Hu et Joël Houdet avec qui j’ai publié un article sur la modélisation et la simulation de systèmes d’interactions compétitive, coopérative et le mix des deux co-opétitive. Cette article est le fruit d’une collaboration et d’échanges qui ont débuté lors de l’école d’été 2007 de l’Institut des systèmes complexes. Nous l’avions présenté une première fois pendant l’école et Yihong Hu, l’auteure principale, l’a également présenté à la conférence 2008 IEEE International Conference on Automation and Logistics (ICAL 2008) au mois de juillet. Ma contribution s’est faite au niveau de la clarification conceptuelle nécessaire (débattre et formaliser) avant la modélisation et de l’accompagnement lors de l’implémentation (et aussi de la phase de qualité). Joël et Yihong ont quant à eux fournit l’idée de base, analyser et implémenter le modèle.

L’article est disponible via gmail pour ceux que ça intéresse (;

Antony Garrett Lisi chez TED

Petit rappel des faits :

  • Le 6 novembre. A. Garrett Lisi publie An Exceptionally Simple Theory of Everything sur arXiv (pour les plus courageux).
  • Le 19 novembre. Le Monde s’empare du sujet ainsi que le reste du monde
  • Bon j’avoue qu’entre les histoires de bidule E8 et l’hyper-symétrie c’est craignos, j’ai un peu lâché l’affaire parce qu’à part les médias les scientifiques ont l’air d’avoir aussi laissé tombé. Ou bien ils ont recruté des bataillons de doctorants pour réfuter/confirmer/attendre que le LHC fasse son boulot. Sauf que le LHC fait grève.
  • En attendant, TED a mis son intervention en ligne A beautiful new theory of everything.

Je vous conseille de regarder jusqu’à la fin. On continue à comprendre que la théorie et son développement donnent lieux à de belles choses. Garrett Lisi explique également sa vision des choses et ça reste très poétique mais le clou du spectacle est l’explication de son mode de vie. Comme quoi, on peut vivre en dehors du sérail et avoir une vie intellectuelle riche. Des fois, ça fait du bien de le savoir. Par contre, je le voyais avec plus de cheveux.