Une autre façon de naviguer dans flickR

By Tam-Kien Duong Tue, 10 Jun 2008 14:20:00 GMT

Histoire de voir les potentialités d’interface cliente (+application fonctionnelle) avec Adobe Air, je vous conseille de tester DestroyFlickR. Une petite application bien sympa pour naviguer dans vos photos flickR et celles de vos contacts. Ca change un peu de l’expérience que l’on peut avoir de flickR lors d’une exploration pages web.

(via Konigi)

Les variations Goldberg - Nancy Huston

By Tam-Kien Duong Thu, 15 May 2008 00:53:00 GMT

Et d’abord, pourquoi ce concert ? Pour rien évidemment : la musique c’est toujours pour rien. elle n’a pas de raison d’être, elle n’a pas de raison tout court, et c’est pour cela que les Français y sont tellement paumés. Ici tu as voulu semer des indices emphatiques, un peu grotesques, comme pour suggérer qu’il était possible de débrouiller les pistes et les suivre quelque part. Tu as choisi le 24 juin, la nuit de la Saint-Jean, la nuit des sorts. Tu as cherché à créer, pour eux tous, le songe d’une nuit d’été. Mais ils n’ont pas envie de se laisser faire. Ils cherchent la clé du songe. Ils veulent interpréter. Ils se connaissent et ne se connaissent pas ; ce n’est ni assez intime ni assez impersonnel pour qu’ils sachent sur quel pied danser. Alors ils sont en suspens : tu le sens et cela te rend nerveuse. Mais tu verras que cela n’a aucune importance. Ou plutôt : ce concert est à la fois complètement important et complètement insignifiant ; chaque note est à la fois gratuite et nécessaire. Car ces Variations Goldberg n’avait pas besoin d’exister du tout, mais une fois qu’elles se sont mises à exister, elles ne pouvaient qu’assumer une forme, et l’assumer jusqu’au bout.

Quand j’écrivais, le même dilemne était constamment présent. Le soucis de ne pas faire avec des mots des murs, mais plutôt des constructions ajourées, me faisait craindre la chute à travers une des ouvertures que j’avais moi-même pratiquées. Alors tu me parlais des portes qui ne pouvaient être ni ouvertes ni fermées – t’es souviens-tu ? –, mais entreouvertes ; on essayait d’imaginer d’autres choix possibles qe celui, occidental à outrance, de “faire le plein”, et celui, oriental à outrance, de “faire le vide”. Mais j’étais persuadé – je le suis encore – qu’ici et maintenant l’écriture ne peut pas illustrer ce choix ; qu’elle sera toujours pleine jusqu’à l’écoeurement ; qu’elle ne peut éviter d’être détournée en enseignement (savais-tu que Blanchot et Duras sont désormais inscrits au programme du bac ?)... La musique, elle, a plus de chances, du fait qu’elle n’enseigne pas ; c’est dans sa nature même d’être perméable. Si le sens est roc, la musique, elle, est roche : poreuse, comme ces pierres volcaniques que nous avons trouvées sur la plage en Italie. Elles ont été de la lave brûlante ; maintenant la mer passe librement à travers leurs cavités. Elles sont en même temps du solide et du vide. Aimeras-tu cette métaphore ? Je te la dirai demain ; peut-être y trouveras-tu de quoi faire un sourire ou un haïku …

Les variations Goldberg, Nancy Huston

Myspace et les additions

By Tam-Kien Duong Fri, 18 Apr 2008 23:07:00 GMT

Ce n’est pas une nouveauté. Myspace suçe sérieusement. On ne parle pas d’ergonomie compliquée ou de poser des questions aux utilisateurs et de ne pas les prendre en compte du tout. Seulement de calcul façon CE1. Je sais c’est facile de taper sur les cadavres mais bon.

Cahiers à points

By Tam-Kien Duong Tue, 08 Apr 2008 17:58:00 GMT

Depuis le temps que je reluquais ces cahiers chez Behance Outfitter mais atteint de la flémingite habituelle dès qu’il faut passer à l’action, je suis bien content d’avoir enfin trouvé des cahiers avec des grilles de point chez … MUJI ! Bref, donc, il existe aussi une version avec pochette en plastique pour y foutre du merdier et/ou un format plus petit. Ce qui n’a pas manqué de créer l’habituelle petit temps d’hésitation de plusieurs minutes pour choisir quel format et pourquoi pas tous ok mais seulement si je repose ces fringues etc. Au passage, j’ai un peu regretté de n’avoir trouver qu’une version à spirales.

Le papier est un peu lég’. Limite pour du stylo avec une encre un peu baveuse mais ça passe. Pas de soucis avec le crayon.

"La caverne de Platon" (Susan Sontag)

By Tam-Kien Duong Tue, 26 Feb 2008 10:47:00 GMT

La limite du savoir que la photographie peut donner du monde est que, tout en pouvant aiguilloner la conscience, elle ne peut en fin de compte jamais apporter aucune connaissance d’ordre éthique ou politique. Le savoir tiré des photographies sera toujours une certaine forme de sentimentalisme, qu’il soit cynique ou humaniste. Ce sera un savoir au rabais : une apparence de savoir, une apparence de vérité ; de la même façon que l’activité photographique est une apparence d’appropriation, une apparence de viol. Le mutisme même de ce qui est hypothétiquement intelligible dans les photographies est ce qui les rend séduisantes, provocantes. Leur omniprésence exerce une influence incalculable sur notre sensibilité morale. En introduisant dans ce monde déjà encombré de son double iconique, la photographie nous donne le sentiment que le monde est plus disponible qu’il ne l’est en réalité.

Le besoin de voir la réalité confirmée et le vécu exalté par des photos constitue un mode de consommation esthétique dont personne aujourd’hui n’est capable de se passer. Les sociétés industrielles font de leurs membres des camés dont l’image est la drogue ; c’est la plus puissante forme de pollution mentale. Désir poignant de trouver la beauté, d’en finir d’examiner le dessous des choses, de sauver et de célébrer le corps du monde : tous ces constituants du sentiment érotique s’affirment dans le plaisir que nous prenons aux photographies. Mais d’autres sentiments, moins libérateurs, s’y expriment également. Il ne serait pas faux de dire que les gens ont un besoin compulsif de photographier : de transformer le vécu lui-même en une façon de voir. Au bout du compte, vivre quelque chose et en prendre une photo deviennent identique, et participer à un événement public équivaut de plus en plus à le regarder sous forme photographique. Mallarmé, le plus cohérent des esthètes du XIXème siècle, déclarait que tout l’univers exite pour aboutir à un livre. Aujourd’hui, tout existe pour aboutir à une photographie.

La caverne de Platon, Susan Sontag

Amour, gloire et beauté : l'université de demain

By Tam-Kien Duong Sun, 17 Feb 2008 17:13:00 GMT

Pour ceux qui s’intéressent au futur de cette noble institution qu’est l’Université avec un U majuscule signifiant sa mission d’enseignement supérieur et sa vocation à permettre à tout un chacun d’acquérir un état de connaissance proche de l’illumination de certains éminents scientifiques, il va falloir se battre un peu ou au moins attendre la prochaine personne qui voudra réformer l’enseignement supérieur.

Grâce au feed d’une grande pote facebookienne, Valérie Pécresse, j’apprends que celle-ci veut mettre en place une “nouvelle université”. Outre l’habituelle blague sur la nécessité de faire de l’université un organe de professionnalisation, il y a comme qui dirait une sorte de diversion : Comment redonner sa place au sport à l’université ?. Voilà la grande question qui se pose lorsque nos amis du ministère pensent la nouvelle université. Ah oui ça sera bien pratique de pouvoir compenser cette UE de topologie par 3 longueurs dans une piscine. Après on nous apprendra comment additionner 4 poireaux avec 2 patates.

Remarquez l’astuce : “A-t-on vraiment besoin de sport à l’université ?” Devient “comment en remettre ?”. Ahlala un esprit dans un corps sain. Que de bons souvenirs. Vraiment, c’est parfois à se demander si les gens qui sont dans les commissions ont déjà mis à les pieds dans une université, ont eu un (même bref) parcours universitaire, savent vraiment ce qu’ils sont entrain de réformer.

Pendant ce temps-là, dans une facheuse liste d’une école à la réputation gauchiste m’arrive un curieux mail qui n’a pas l’air d’émouvoir les foules : “Cursus Conforama-la sorbonne” dont je vous recopie le premier paragraphe qui résume assez bien le potentiel comique.

Dans un contexte concurrentiel accru et en perpétuelle évolution, Conforama s’est associé à la prestigieuse Université Panthéon Sorbonne pour créer un nouveau cursus diplômant (Bac + 5) et totalement innovant, construit à partir des enjeux stratégiques de l’enseigne. Son défi : faire des directeurs de magasin Conforama de véritables entrepreneurs du discount au service du client.

Oui, ce cursus n’aurait pas la même tête s’il s’agissait d’une autre université ne pouvant préter aucun nom de renomée prestigieuse mondiale et on parfois du mal à voir la transition entre la vocation de transmission de la connaissance à la formation de pros du discount. Puis bon ce n’est pas comme si la Sorbonne était ce monument parisien, temple de la vieille intelligence et lieux de bataille de chaque mouvement étudiant. Grotesque.

Parents du futur, sachez-le, si vos enfants vont à l’université, ce n’est pas pour devenir plus érudit, ni devenir sociologue, philosophe, physicien, biologiste, esquisser les théories qui nous permettront de comprendre la complexité des oeuvres littéraires, contribuer à la science ou ce genre de balivernes mais bien pour apprendre à diriger un magasin grâce à des techniques innovantes.

À défaut d’intégrer la “DM Academy”*, les recalés auront toujours assez de biscottos pour pousser les palettes et monter les meubles eux-même. Les produits de cosmétique de décoloration des cheveux ne sont pas fournis par l’université, parce que c’est statistique, il y aura de moins en moins de blonds alors à moins de revisiter les codes de l’aryenité, il faudra passer chez les coiffeurs.

Bon quand est-ce que les gens qui n’ont rien compris à l’Université vont-ils arrêter d’en parler et/ou de croire qu’ils ont un avis sensé dessus ?

  • “Cycle de management stratégique et opérationnel dédié aux Directeurs de Magasin Conforama” (copier-coller)

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Tam-Kien Duong

  • prépare une thèse en anthropologie linguistique à l'EHESS
  • est principalement consultant et designer d'information chez bA (Groupe Heaven)
  • est aussi chargé de communication et développement à l'Institut des Systèmes Complexes de Paris Île-de-France
  • développe, conçoit et designe sur le web et ses technologies
  • s'intéresse au design en général
  • est membre de designers interactifs
  • aime participer à des projets pour des concours et toujours à la recherche de nouvelles collaborations
  • aime apprendre
  • est poly-monomaniaque à tendance eclectique
  • est alternativement feng-shuiste, détective littéraire et danseur-de-tango-wanabe quand il lui reste du temps